
Colloque RIFT 2026 - 25 ans
Développer les rapports entre recherche et formation : enjeux, acteurs et méthodes
7 au 9 septembre 2026 | Genève
Programme de la conférence
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Récapitulatif du jour |
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Sympo_simple_8: La santé au travail des jeunes en formation professionnelle : des questions vives encore peu appréhendées Quelles recherches pour quelles interventions ?
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La santé au travail des jeunes en formation professionnelle : des questions vives encore peu appréhendées Quelles recherches pour quelles interventions ? Dispositif dual en Suisse et en Allemagne, apprentissage ou stages en France, la formation professionnelle bâtie sur l’alternance entre des temps de formation en école et en entreprise connaît actuellement une période de forte valorisation dans différents pays où sa mise en place ou son développement sont soutenus par les politiques de formation étatiques. L’alternance et en particulier la formation en entreprise sont vues comme offrant de nombreux avantages pour ce qui est, entre autres, de l’insertion des jeunes dans le monde du travail (baisse du taux de chômage juvénile, contact avec la réalité du travail, etc.) (Hambye & Siroux, 2018). Or, quelques constats ternissent actuellement l’image idéale de l’alternance en formation professionnelle initiale : taux de résiliation des contrats d’apprentissage élevés dans certains secteurs d’activité (Guillon & Hinsinger, 2016 ; OFS, 2023) ; baisse des effectifs au profit de la formation générale et en particulier dans certains secteurs qui peinent aussi à recruter de la main d’œuvre qualifiée (Gomensoro & Meyer, 2021 ; Sila, 2023). Du côté de la santé, des travaux statistiques mettent en évidence la plus grande exposition des apprenti-e-s aux risques pour leur santé physique et psychique ainsi qu’un plus haut taux d’accident les concernant (Marfurt, 2024 ; Moser & Macheret, 2024 ; OFS, 2021, 2024 ; Rosankis & Leonard, 2022). Certains travaux mettent aussi au jour les atteintes qu’elles et ils connaissent durant leur expérience de formation que ce soit au niveau de leur santé physique ou psychique (Duc & Lamamra, 2022 ; Schmocker et al., 2025). Ces éléments nourrissent les débats publics et politiques assez clivés sur ces points, entre nécessité de modifier les conditions de transition de l’école au monde du travail, de travail et de formation, et nécessité que les jeunes s’adaptent aux réalités du monde du travail avec un accent mis sur les caractéristiques de la génération z. Malgré ce contexte, la santé des jeunes en formation professionnelle est une thématique de recherche encore peu appréhendée, en Suisse comme en France. Par ailleurs, quand la santé au travail des apprenti-e-s est saisie, prédominent les études médicales (approches épidémiologiques et données quantitatives), les facteurs individuels et liés à l’âge ainsi que certains éléments relatifs à la santé physique (Descloux et al., 2025). La santé psychique ainsi que les effets des expositions à long terme sont globalement minorées. A partir de ces constats, ce symposium cherche à faire le point sur trois recherches menées en France et en Suisse qui mettent en évidence l’impact des conditions de travail et de formation ainsi que le statut apprenti sur la santé des jeunes en formation professionnelle. L’objectif sera de présenter à la fois leurs principaux résultats mais aussi leurs liens avec le terrain et les acteurs de la formation professionnelle que ce soit en amont, pendant ou au moment du transfert de résultats. Comment transférer les résultats sur le terrain ? A quels niveaux intervenir ? Quels sont les écueils de ces différents niveaux d’intervention ? Quels sont les enjeux de ces transferts dans ces deux pays où la formation professionnelle occupe une place très différente, fortement valorisée et filière majoritairement empruntée dans l’un, peu valorisée dans l’autre ? Présentation du symposium Une double dose d’inégalités. Les jeunes en formation secondaire professionnelle face aux expositions professionnelles Penser l’oxymore associant jeunesse et maladie grave semble aujourd’hui peu dicible. Pourtant, dès le 18ème siècle, la responsabilité du travail en matière de développement de pathologies a été questionnée puis démontrée. En Europe, le travail des enfants semble d’un autre âge et son existence semble réservée à des pays lointains où le droit du travail est sinon absent du moins limité. Dans les faits, la situation est plus complexe et ambivalente. Si la France a bien ratifié les textes internationaux portant sur les droits de l’enfant, le travail des moins de 16 ans fait l’objet d’une dérogation s’il est réalisé dans un contexte formatif. Certains travaux en principe interdits aux très jeunes travailleur·se·s peuvent à titre dérogatoire être effectués, c’est en particulier le cas pour les apprenti·e·s, qui sont concerné·e·s par une dérogation individuelle de droit, dite « permanente ». Ces constats juridiques trouvent des prolongements dans les observations concrètes du monde du travail que connaissent ces jeunes travailleur·se·s. Chez les 15-24 ans, l’enquête Eurofound (2017) révèle qu’elles et ils sont plus souvent affecté·e·s à des tâches intensives, les exposant davantage que leurs aîné·e·s à des situations de fragilité. Les jeunes salarié·e·s sont particulièrement touché·e·s par les accidents professionnels. Un jeune en formation sur quatre est confronté à des agents CMR (Havet et al., 2014). Cette communication s’appuie sur huit années de recherche interventionnelle dans le secteur de la formation professionnelle, en filières automobile, beauté et agricole. Outre l’analyse des référentiels de formation, elle s’appuie sur l’analyse de nombreux entretiens (n=80) avec des apprenant·e·s et des professionnel·le·s du secteur éducatif et sur une enquête par questionnaire auprès d’élèves de la filière agricole. Pour les jeunes en formation professionnelle, l’exposition à des conditions de travail délétères, notamment à des substances chimiques dangereuses peut être considérée comme un facteur supplémentaire de hausse des inégalités. Massivement issu·e·s des classes populaires, considéré·e·s le plus souvent comme étant dans des filières de relégation, ces jeunes découvrent le monde du travail dans des conditions relativement brutales. Les apprenti·e·s âgé·e·s de 15 à 18 ans, par exemple, racontent avoir été propulsé·e·s dans le monde des adultes avec une intensité forte et sont exposé·e·s au risque chimique. Or, ces expositions se déroulent à une période de leur vie, où leur corps est encore en pleine construction (Carpenter, 2013) : elles peuvent donc avoir un effet plus grave sur la suite de leur développement. Enfin, si on sait que les populations les plus vulnérables sont moins en capacité de se soustraire aux expositions environnementales (Deguen et al., 2024), cette situation est encore plus marquée pour de jeunes travailleur·e·s issu·e·s des classes populaires. Elle est donc une question importante à prendre en compte dans une perspective de justice environnementale. A travers plusieurs exemples issus des recherches interventionnelles menées, on montrera qu’intervenir concrètement en formation est un travail d’équilibriste : si elle est nécessaire, elle doit néanmoins se prémunir des risques de culpabilisation ou d’individualisation de la prévention. Ni à l’école, ni dans l’entreprise : les « non-lieux » de transmission des savoirs de SST. Effets pour l’éducation à la santé des apprenti-e-s et pour la réalisation et la valorisation d’une recherche La santé au travail des apprenti-e-s est encore peu étudiée en Suisse, malgré des statistiques pointant la surexposition à des risques et la suraccidentabilité des jeunes travailleur-euse-s et des apprenti-e-s (Marfurt, 2024 ; Moser & Macheret, 2024 ; OFS, 2021, 2024 ;), des taux de résiliation des contrats d’apprentissage globalement élevés (OFS, 2023), des difficultés de recrutement ou de rétention de la main-d’œuvre qualifiée à la fin de la formation dans certains secteurs, et un recul de cette filière de formation dans toute la Suisse (Gomensoro & Meyer, 2021 ; Sila, 2023). Afin de s’intéresser à cette question, une recherche (La santé au travail : un impensé de la socialisation professionnelle des apprenti-e-s ? FNS n°10001A_200746) s’intéresse aux acteur-ice-s de la transmission des savoirs de SST dans les lieux principaux de l’alternance, à leurs conceptions de la santé au travail et à leur impact sur la transmission, ainsi qu’aux obstacles à cette dernière. L’étude menée en Suisse romande porte sur cinq métiers : assistant-e en soins et santé communautaire (santé), coiffeur-euse, cuisinier-ère, gestionnaire du commerce de détail (vente), peintre en bâtiment. Elle privilégie une approche qualitative à travers des entretiens collectifs (avec des apprenti-e-s et divers intervenant-e-s), des observations et des entretiens individuels avec des enseignant-e-s en école professionnelle (CFA) et des formateur-ice-s en entreprise (FEE). La présente contribution se fonde sur les résultats des entretiens individuels semi-structurés, ainsi que sur des aspects méthodologiques soulignant le caractère délicat de la thématique. Les résultats révèlent que les apprenti-e-s ont un sentiment de formation défaillante en matière de SST. Identifier quels savoirs de SST sont transmis à l’école et en entreprise, les modalités de transmission (formelle, informelle, théorique, pratique) est dès lors primordial. L’analyse souligne que le manque d’articulation entre les lieux de formation, propre au dual, revêt une importance particulière ici. En effet, il est renforcé par l’opposition entre savoirs théoriques et réalités pratiques, entre illégitimité des savoirs scolaires et légitimité croissante des savoirs professionnels (Romanens et al., sous presse). Les résultats mettent en évidence que face aux socialisations professionnelles à l’œuvre en entreprise, notamment celles participant de l’invisibilisation et de la banalisation des enjeux de SST, la transmission scolaire des savoirs en la matière ne fait guère le poids. L’institution scolaire apparaît peu légitime face aux entreprises, et les enseignant-e-s tendent à ne pas se sentir autorisé-e-s à aborder ces questions (Romanens et al., sous presse). Paradoxalement, les FEE ne prennent pas non plus en charge ces savoirs, considérant qu’ils doivent être transmis à l’école. Ce processus de délégation de part et d’autre fait que les savoirs de SST sont relégués à un « non-lieu » de transmission et dépendent, in fine, d’initiatives individuelles. Cette invisibilisation des questions de SST s’est également illustrée dans les difficultés d’accès au terrain. Une deuxième partie de la contribution portera donc sur les résistances rencontrées, qui signalent à la fois l’acuité de la question, la volonté de la garder sous silence, mais également la position dominée de l’école face aux entreprises. A partir de là, la question du transfert des résultats vers le terrain se pose de manière particulièrement vive. Co-construction entre savoirs et terrain : quand les apprenti-e-s et le syndicat deviennent acteurs de la recherche sur la santé au travail et catalyseurs de changements En Suisse, la formation professionnelle duale est présentée comme un modèle de réussite et de stabilité. Mais ce système confronte les apprenti-e-s à des conditions de travail réelles tout en les maintenant dans un statut d’apprenant-e-s. Ce double ancrage – formation et production – engendre des tensions (Lamamra & Besozzi, 2019 ; Wenger, 2024) que les données nationales récentes confirment : les apprenti-e-s présentent des taux d’accidents professionnels supérieurs à ceux des autres salarié-e-s (OFS, 2020), un taux élevé de résiliation de contrats (24 %, OFS, 2023), ainsi qu’une forte prévalence de stress et de troubles psychiques (Unia, 2024 ; WorkMed, 2025). Pourtant, la santé des apprenti-e-s au travail demeure un angle mort du dispositif, rarement envisagée comme objet de formation, de socialisation ou comme indicateur de la qualité formatrice. Le sondage national mené par le syndicat Unia sur la santé au travail des apprenti-e-s et la qualité de la formation professionnelle (2023–2024) est né de ce constat. Son originalité réside dans sa genèse : il a été initié non pas sur le terrain, mais depuis le terrain, à partir de nombreuses remontées de jeunes confronté-e-s à des situations de surcharge, de mal-être ou d’injustice. Le questionnaire a été co-construit lors de séances réunissant apprenti-e-s, syndicalistes et jeunes salarié-e-s. Cette démarche participative, ancrée dans une recherche « par le bas », visait à formuler des questions socialement pertinentes. L’objectif n’était pas seulement descriptif, mais orienté vers la production de solutions concrètes. L’enquête introduit également une dimension éthique et citoyenne : elle restitue la parole à celles et ceux qui vivent la formation et reconnaît leurs expériences comme sources légitimes de savoir. Ces savoirs ont été nourris et nourrissent des actions concrètes comme la campagne nationale « 8 semaines de vacances pour les apprenti-e-s », la présentation de propositions législatives à l’échelle cantonale, ainsi qu’un travail d’ouverture du débat dans les espaces publics et institutionnels. Cette présentation tend à montrer comment le savoir scientifique, le savoir d’expérience syndical et le savoir vécu des apprenti-e-s s’enrichissent réciproquement. La recherche éclaire les mécanismes structurels de la santé au travail ; le syndicat permet les conditions d’accès et offre des ressources ; et les apprenti-e-s rendent visibles les tensions du dispositif dual, tout en devenant co-producteur-rice-s de connaissances et forces de proposition. La participation active des apprenti-e-s et jeunes salarié-e-s déplace les frontières habituelles entre chercheur-e-s et enquêté-e-s : elles et ils apparaissent à la fois comme expertes et experts de leur expérience, sujets d’étude et acteurs de changement, capables de formuler des « expertises » et des pistes d’action. Cette dialogie entre savoirs illustre une éthique de la recherche participative où la production de connaissances devient indissociable d’un processus de transformation collective et de reconnaissance mutuelle (Zittoun, 2006 ; Clot, 2008 ; Kloetzer, 2015). Dans cette perspective, penser la santé au travail des apprenti-e-s, c’est interroger la capacité du dispositif dual à articuler apprentissage, bien-être et équité – et mettre en évidence que la recherche peut naître du terrain autant qu’elle le transforme. | ||