Programme de la conférence
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Sympo_simple_7: Analyser et développer les compétences en santé : enjeux méthodologiques entre travail réel, formation et agentivité
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Analyser et développer les compétences en santé : enjeux méthodologiques entre travail réel, formation et agentivité Les transformations contemporaines du champ de la santé interrogent profondément les compétences mobilisées par les professionnel·le·s, tant dans les pratiques de soins que dans les dispositifs de formation et de professionnalisation. Entre la complexification des situations de travail, l’évolution des attentes institutionnelles et la recomposition des savoirs légitimes, les compétences ne peuvent plus être envisagées comme de simples attributs individuels, mais comme des constructions situées, relationnelles et évolutives, étroitement liées aux conditions de travail et à la santé des acteurs. Dans ce contexte, mieux comprendre les compétences mobilisées et les difficultés induites par ces transformations, non seulement à l’échelle individuelle, mais aussi à celle collective et institutionnelle, constitue un enjeu important. Ce symposium rassemble des contributions qui explorent différents contextes de transformation du travail des professionnel·le·s de la santé et proposent des dispositifs méthodologiques originaux visant à co-produire des connaissances utiles à la fois à la recherche sur les compétences et au développement de l’activité et de l’agentivité des acteurs. La première contribution (Mornata, Muller Mirza & Filliettaz) s’inscrit dans une recherche-intervention visant à évaluer des formations certifiantes destinées à des professionnel·le·s du secteur médico-social, en analysant la construction et la reconnaissance de leurs compétences à partir de situations de travail réelles. Les auteur·e·s examinent une méthode d’analyse collective fondée sur la médiatisation socio-matérielle d’interactions filmées, montrant comment ces dispositifs soutiennent la compréhension de l’activité et la reconfiguration du rôle professionnel à l’interface entre l’animation et le soin. La deuxième contribution (Sousa & Monteiro) porte sur une recherche exploratoire menée dans l’enseignement supérieur en santé, visant à comprendre l’accompagnement de la transition professionnelle de clinicien·ne·s vers l’enseignement à partir de l’usage de l’outil Évaluation des Besoins en Intégration (EBI). À partir d’entretiens d’explicitation analysés selon une démarche micro-phénoménologique, les autrices mettent en lumière les moments significatifs de l’accompagnement, les compétences mobilisées par les accompagnateur·trice·s, ainsi que le rôle de l’outil dans la construction du sens et dans l’intégration professionnelle. La troisième contribution (Volpe, Salzmann & Schmitz) analyse des situations de communication numérique interprofessionnelle du point de vue infirmier afin d’identifier les compétences numériques mobilisées dans le travail réel et les facteurs de technostress associés. À partir d’une approche participative combinant vidéo-ethnographie, autoconfrontation et analyse du cours d’action, les autrices mettent en évidence le caractère principalement asynchrone de ces communications, les compétences critiques requises pour la gestion de l’information clinique, ainsi que les contraintes liées à la complexité des outils, à l’incertitude informationnelle et à l’ambiguïté des rôles. Chacun à sa façon, les auteurs et autrices discutent de la manière dont les méthodes de la recherche en formation permettent d’identifier les processus et les compétences en œuvre dans le travail réel et de soutenir l’agentivité des publics avec lesquels nous travaillons. Présentation du symposium Visibiliser les compétences interactionnelles dans le domaine de la santé : une démarche socio-matérielle à visée émancipatrice Pour répondre aux besoins croissants liés au vieillissement de la population, la question de la formation et de la qualité des compétences du personnel de soins et d’accompagnement dans les établissements médico-sociaux (Merçay et al., 2024) revient aujourd’hui avec force. On observe depuis quelque temps une volonté des pouvoirs publics de consolider les compétences d’un personnel à la fois très expérimenté et peu qualifié. Dans cette perspective, des formations certifiantes au niveau fédéral (AFP) sont proposées à des professionnel·le·s souvent issu·e·s de parcours migratoires et ne disposant pas d’une qualification reconnue. Ces formations visent le développement et l’élargissement de leurs compétences, notamment en lien avec les activités d’accompagnement et d’animation, ainsi que la construction d’une capacité réflexive leur permettant, à terme, d’accéder au statut d’Assistante en Soins et en Animation (ASA). Dans ce contexte, nous avons répondu à un mandat d’évaluation de ces formations par une recherche-intervention. Afin de soutenir leur développement professionnel et de répondre à un enjeu de reconnaissance de compétences (Jorro & Wittorski, 2013), nous avons accompagné les professionnel·le·s concerné·e·s dans l’analyse de leur propre pratique. Notre contribution porte sur les dynamiques de ces analyses collectives. Elle vise à documenter comment, à partir de séquences filmées du travail et à l’aide d’une méthode d’analyse reposant sur des supports graphiques permettant de matérialiser les dynamiques interactionnelles, les professionnel·le·s se coordonnent pour identifier et analyser leur activité et redéfinir leur rôle. La méthode que nous avons élaborée s’inspire d’une méthode largement utilisée en sciences sociales (Antaki et al., 2008) et en formation (Filliettaz et al., 2024 ; Stevanovic & Weiste, 2017), dénommée « data session ». Celle-ci se décline souvent en trois étapes : 1) une captation audio et/ou vidéo de moments d’interaction en situation naturelle, 2) la sélection de séquences spécifiques, 3) une analyse collective de ces séquences. De la même façon, une collection de séquences filmées en situation de travail portant sur des échanges entre professionnel·le·s et personnes accompagné·e·s emblématiques des enjeux du métier, a été constituée en vue d’une analyse collective. Cette dernière, contrairement à la méthode canonique, a été conçue à la fois à partir d’une approche interactionnelle et d’une approche visuelle et socio-matérielle. Sur la base des théories sociohistorique (Muller Mirza & Iannaccone, 2024 ; Vygotsky, 1934/1997), des supports graphiques tangibles représentant des ressources verbales (mots, phrases, etc), para-verbales (intonation de la voix, volume, etc) et non verbales (ressources corporelles, tactiles, matérielles et spatiales) mobilisées dans des contextes d’interaction (Mondada, 2017), ont été mis à disposition des participant·e·s. Ils et elles ont utilisé ces supports pour reconstituer, sur un panneau, les trajectoires interactionnelles perçues dans les films, puis les discuter collectivement. Ces échanges ont été filmés et constituent le corpus analysé. L’analyse montre comment les professionnel·le·s mobilisent des ressources socio-matérielles pour rendre visibles des phénomènes interactionnels structurant leur activité et éclairer la reconfiguration de leur rôle professionnel, à l’interface entre l’animation et le soin. Les limites et perspectives de cette démarche seront discutées en conclusion. Bibliographie
Antaki, C., Biazzi, M., Nissen, A., & Wagner, J. (2008). Accounting for moral judgments in academic talk: The case of a conversation analysis data session. Text & Talk, 28(1). Filliettaz, L., Beaud, L., Bimonte, A., Mornata, C., Ticca, A. C., & Zogmal, M. (2024). Former par l’analyse interactionnelle. TransFormations-Recherches en Éducation et Formation des Adultes, (26), 11-24. Jorro, A., & Wittorski, R. (2013). De la professionnalisation à la reconnaissance professionnelle. Les Sciences de l'éducation - Pour l’Ère Nouvelle, 11-22. Merçay, C., Stadelmann, P. & Gyuriga Perez, T. (2024). Besoins de relève en personnel de soins et d’accompagnement dans le Canton de Vaud, Obsan Rapport 05/2024. Neuchâtel: Observatoire suisse de la santé. Mondada, L. (2017). Le défi de la multimodalité en interaction. Revue française de linguistique appliquée, 22(2), 71-87. Muller Mirza, N. & Iannaconne, A. (2024). Comment l’entrée en scène d’un acteur non-humain révèle la complexité et la fragilité de l’apprentissage. Une approche dialogique et sociomatérielle. In A. Iannaccone, E. Cattaruzza, & E. Schwab (Eds), Expériences socio-matérielles : objets, interactions et espaces. Éditions Alphil Stevanovic, M., & Weiste, E. (2017). Conversation-analytic data session as a pedagogical institution. Learning, Culture and Social Interaction, 15, 1-17. Vygotsky, L. (1934/1997). Pensée et langage. Editions La Dispute. Accompagner l’entrée en fonction dans une haute école de santé : l’expérience des entretiens d’évaluation des besoins en intégration (ebi) Dans l’enseignement supérieur aux métiers de santé, les institutions de formation emploient des formateurs et formatrices issu·es du champ clinique. Le passage de l’activité infirmière à l’enseignement de ce même métier peut être apparenté à une transition professionnelle. Les personnes font face à des éléments de ruptures et de (re)constructions de continuités professionnelles qui demandent la mise en œuvre de stratégies pour construire ou reconstruire un sens au vécu (Balleux & Perez-Roux, 2013). L’entrée dans une organisation implique des processus de socialisation pour s’approprier de nouvelles tâches, comprendre son rôle et s’intégrer à une culture de travail (Delobbe & De Boer, 2023). Afin de soutenir ces dynamiques, des dispositifs d’intégration sont développés. À l’Institut et Haute École de la Santé La Source (HES-SO), l’outil Évaluation des Besoins en Intégration (EBI), inspiré du champ clinique (Bellier-Teichmann et al., 2016) et adapté au contexte pédagogique (Le Boterf, 2016), permet de concevoir des parcours individualisés et adaptables pour les nouvelles personnes. Lors d’entretiens individuels menés par le Service du Développement Pédagogique et Professionnel, les nouveaux membres du personnel d’enseignement et de recherche identifient le chemin parcouru et se projettent dans leur développement. Notre contribution présente une recherche exploratoire menée dans ce contexte afin de mieux comprendre l’utilisation d’un outil d’accompagnement à l’intégration, ici l’EBI, par les professionnel·les en charge d’accompagner le nouveau personnel enseignant. Pour ce faire, des entretiens d’explicitation (Vermersch, 2019) ont été menés avec les accompagnateurs·trices, permettant d’accéder aux dimensions implicites de leur expérience vécue en accompagnement ; ces données ont ensuite été analysées selon une démarche micro-phénoménologique (Valenzuela-Moguillansky & Vàsquez-Rosati, 2019). Nous présenterons les moments significatifs identifiés, les compétences mises en œuvre pour résoudre les problèmes pratiques rencontrés, ainsi que le rôle de l’outil dans la pratique d’accompagnement. Bibliographie
Balleux, A., & Perez-Roux, T. (2013). « Transitions professionnelles ». Recherche & formation, 74, 101‑114. https://doi.org/10.4000/rechercheformation.2150 Bellier-Teichmann, T., Golay, P., Bonsack, C., & Pomini, V. (2016). Patients’ Needs for Care in Public Mental Health : Unity and Diversity of Self-Assessed Needs for Care. Frontiers in Public Health, 4, 22. https://doi.org/10.3389/fpubh.2016.00022 Delobbe, N., & de Boer, C. (2023). Formation et socialisation organisationnelle. Savoirs, 63(2), 11-48 Le Boterf, G. (2016). Professionnaliser : Construire des parcours personnalisés de professionnalisation (7e éd. augm.). Eyrolles. Valenzuela-Moguillansky, C., & Vásquez-Rosati, A. (2019). An analysis procedure for the micro-phenomenological interview. Constructivist Foundations, 14(2), 123-145. Vermersch, P. (2019). L'entretien d'explicitation. ESF Sciences humaines. https://doi.org/10.3917/esfsh.verme.2019.01. Communication numérique interprofessionnelle et pratique infirmière : exigences en matière de compétences numériques et facteurs de technostress Introduction La numérisation du système de santé transforme la communication et le partage des connaissances dans les équipes interprofessionnelles et contribue à l’amélioration de la qualité des soins (Huter et al., 2020 ; OMS, 2021). La communication écrite supplante progressivement les échanges oraux, mobilisant des compétences en documentation numérique (Alqahtani et al., 2022 ; Salini, 2018). Des études récentes ont identifié des compétences numériques infirmières spécifiques (Volpe et al., 2025), tandis que la littérature met également en évidence des facteurs de stress liés à l’usage des technologies numériques (Golz & Bieri, 2025 ; Huter et al., 2020). Afin de comprendre quelles situations professionnelles requièrent des compétences numériques de la part du personnel infirmier et quels aspects de la technologie y sont perçus comme contraignants, une analyse fondée sur le travail réel apparaît nécessaire (Filliettaz et al., 2015). Cette étude analyse des situations de communication numérique interprofessionnelle du point de vue infirmier, en mettant en lien les compétences requises et les facteurs de technostress. Méthodologie Cette étude s’inscrit dans un projet de recherche plus large. Les données ont été collectées dans six hôpitaux suisses situés dans deux régions linguistiques, selon un échantillonnage par critères (N = 24). La base de données comprend des descriptions de situations et des transcriptions de huit membres du personnel infirmier diplômé, associées à des analyses des compétences numériques (Volpe et al., 2025) et des facteurs de stress liés à l’usage des technologies (Schmitz et al., en préparation). Les situations de communication numérique interprofessionnelle ont fait l’objet d’une analyse approfondie. La collecte des données s’est déroulée selon une approche participative combinant vidéo-ethnographie, job shadowing et entretiens d’autoconfrontation. L’analyse des compétences numériques situées s’est appuyée sur le programme de recherche du Cours d’action (Poizat & San Martin, 2020 ; Theureau, 2006), tandis que les facteurs de stress ont été identifiés par une analyse de contenu inspirée de la théorie processuelle du technostress (Berger et al., 2024 ; Golz et al., 2021). Résultats et leur portée Les résultats montrent que la communication numérique interprofessionnelle se déroule principalement de manière asynchrone via des outils numériques. Une compétence centrale du personnel infirmier consiste à évaluer de manière critique les informations consultées. La communication médiée par des outils numériques peut également se dérouler de manière synchrone, sous des formes formelles et planifiées, notamment lors de la visite médico-infirmière. Bien que les outils numériques y soient peu utilisés, une compétence centrale consiste à garantir la transmission aux médecins des informations cliniques pertinentes issues du système d’information clinique. Les résultats mettent également en évidence que l’utilisation des technologies numériques engendre des facteurs de technostress. Ces derniers sont liés à la complexité des systèmes, à l’incertitude des informations documentées et à l’ambiguïté des rôles professionnels. Cette étude apporte un éclairage empirique sur la communication numérique interprofessionnelle du point de vue infirmier. En mettant en relation les compétences numériques situées et les facteurs de technostress associés, cette étude contribue à articuler analyse du travail réel, formation et conception de systèmes d’information adaptés aux pratiques infirmières. Bibliographie
Alqahtani, K. M., Alshareef, W. A., Alshammari, B. G., Alquwaidi, M. K., Aldawsari, A. H. A., Alshaghroud, S. M., Altwaijri, S. A., Bokhamsin, T. H., Alzahrani, N. S., Al–Dahamashi, F., Alotaibi, A. M. F., Alahmadi, F. S., & Alhrbi, H. A. (2022). The impact of electronic health records on communication between nurses and doctors. International journal of health sciences, 6(S10), 2212–2226. https://doi.org/10.53730/ijhs.v6nS10.15420 Berger, M., Schäfer, R., Schmidt, M., Regal, C., & Gimpel, H. (2024). How to prevent technostress at the digital workplace: a Delphi study. Journal of Business Economics, 94(7), 1051–1113. https://doi.org/10.1007/s11573-023-01159-3 Golz, C., & Bieri, J. S. (2025). Technostress: die digitale Transformation als Mehrbelastung beim Gesundheitspersonal. In D. Fasnacht (Ed.), Smart Health: Ansätze zur Digitalisierung und Demokratisierung des Schweizer Gesundheitsökosystems (pp. 129–151). Springer Fachmedien Wiesbaden. https://doi.org/10.1007/978-3-658-46762-3_6 Golz, C., Peter, K. A., Müller, T. J., Mutschler, J., Zwakhalen, S. M. G., & Hahn, S. (2021). Technostress and Digital Competence Among Health Professionals in Swiss Psychiatric Hospitals: Cross-sectional Study. JMIR Ment Health, 8(11), e31408. https://doi.org/10.2196/31408 Hübner, U., Shaw, T., Thye, J., Egbert, N., Marin, H. F., Chang, P., O’Connor, S., Day, K., Honey, M., Blake, R., Hovenga, E., Skiba, D., & Ball, M. J. (2018). Technology informatics guiding education reform (TIGER). Methods of Information in Medicine, 57(S 01), e30–e42. https://doi.org/10.3414/ME17-01-0155 Huter, K., Krick, T., Domhoff, D., Seibert, K., Wolf-Ostermann, K., & Rothgang, H. (2020). Effectiveness of Digital Technologies to Support Nursing Care: Results of a Scoping Review. Journal of Multidisciplinary Healthcare, 13(null), 1905–1926. https://doi.org/10.2147/JMDH.S286193 Poizat, G., & Martin, J. S. (2020). The course-of-action research program: Historical and conceptual landmark. Activités, 17(2), 1–31. https://doi.org/10.4000/activites.6434 Salini, D., Jaramillo, J., Goudeaux, A., & Poizat, G. (2018). Profesiones de servicio y digitalización: Implicaciones y sugerencias para la concepción de procesos de formación. Laboreal, 14(2), 15–30. https://doi.org/10.15667/laborealxiv218ds Theureau, J. (2006). Le cours d’action : Méthode développée [Course of action: Developed method]. Octarès Éditions. Volpe, A. C., Salini, D., Schmitz, M.-L., Loeffel, K., Trede, I., Buerkle, T., & Salzmann, P. (2025). Digital competences of nursing staff for patient care information transmission: a semiological work analysis. Cognition, Technology & Work. https://doi.org/10.1007/s10111-025-00831-8 World Health Organization. (2021). Global strategy on digital health 2020–2025. World Health Organization. https://iris.who.int/handle/10665/344249 | ||