
Colloque RIFT 2026 - 25 ans
Développer les rapports entre recherche et formation : enjeux, acteurs et méthodes
7 au 9 septembre 2026 | Genève
Programme de la conférence
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Daily Overview |
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Sympo_double_10: Formation & développement durable
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Symposium Formation & développement durable Ce double symposium vise à mettre en lumière quelques travaux réalisés dans le cadre de la commission Concevoir pour le Développement Durable (CCDD) de l’Association de Recherche en Psychologie ergonomique et Ergonomie (Arpège). En assumant un ancrage en psychologie ergonomique en lien avec des questions de formation des adultes, ce double symposium donne à voir des travaux couvrant un large spectre. Le premier symposium est composé de 3 communications réunies autour de propositions méthodologiques pour l’accompagnement des transitions de différents acteurs à l’Université. La première communication, proposée par Bourmaud eBoudra, se centre sur l’accompagnement d’étudiant.es de master ergonomie de l’Université Paris 8. Cette communication, qui s’appuie sur une analyse des huit éditions de journées d’études annuelles, fait apparaître trois niveaux structurants pour la formation au développement durable : la sensibilisation, la construction d’une posture critique et l’expérimentation. La deuxième communication, exposée par Prost, Le Bail et Chizallet, propose un récit d’intervention auprès d’étudiant.es de Master 2 en entraînement sportif de la filière STAPS. Les chercheuses ont mis en place un accompagnement constitué de différents ateliers et de suivis sur une période de 8 mois afin d’accompagner ces jeunes professionnel.les à intégrer le développement durable dans leurs pratiques professionnelles. Toujours au sein de l’Enseignement Supérieur et la Recherche, la troisième communication, présentée par Kérivel, Prost et Trividic, s’intéresse cette fois à l’accompagnement d’enseignant.es-chercheur.euses pour l’intégration d’enseignement liés à la durabilité. Il et elles proposent une méthodologie originale pour retracer les trajectoires d’enseignant.es-chercheur.euses dans une approche systémique et multi niveaux. Le second symposium est axé sur la présentation de travaux de recherche et de recherche-intervention dans des formes et domaines variés. Dans une première communication, Gabaude, Coueste et Burkhardt reviennent sur la conduite d’une recherche-action participative. Celle-ci prend la forme d’un parcours de formation à destination des élus et agents d’une collectivité visant à accroître la participation citoyenne. Ces auteur.rices proposent une analyse des effets de cette recherche-action sur les acteurs. La seconde communication, assurée par Ardoint Gutman, Prost et Cardona, a pour objectif de discuter des bouleversements à l'œuvre chez des professionnels qui accompagnent les transitions agroécologiques. A partir de deux travaux de recherche distincts, elles s’intéressent aux évolutions du métier de conseillers agricoles relativement à l’activité d’animation de communautés virtuelles d’agriculteurs et questionnent les besoins en formation qui émergent. Dans une dernière communication, Lassalle, Boudra et Kérivel avancent une réflexion sur les liens entre prévention, genre et soutenabilité. En s’appuyant sur les résultats de deux études (sur la pêche et la gestion des déchets), il et elles proposent des pistes pour la conception de formation portant sur la manière de rendre discutables les risques, la conception du travail et les conséquences pour la santé et la sécurité. Les 3 communications cherchent à « implanter » les enjeux de durabilité dans les communautés de travail auprès des acteurs qui portent (d’une façon ou d’une autre) le pilotage de ces enjeux. L’ensemble de ces travaux cherchent à alimenter les réflexions sur les liens entre durabilité, travail et formation des adultes. Présentation du symposium (Se) Former pour accompagner les transitions socio-écologiques. Réflexions à partir des journées annuelles « ergonomie et développement durable » du Master de l’Université Paris 8. La thématique des transitions socio-écologiques s’est progressivement développée dans l’enseignement supérieur français, jusqu’à récemment être imposée dans les programmes de Licence. Toutefois, certaines formations s’y sont engagées bien plus tôt. À l’Université Paris 8, une journée d’études (JE) annuelle impliquant les étudiants du Master d’ergonomie est organisée depuis 2018. Cette communication s’appuie sur une analyse rétrospective et réflexive des huit éditions de ces JE, documentées à partir d’un carnet en ligne alimenté par leurs deux organisateurs. Cette analyse fait apparaître trois niveaux structurants pour la formation au développement durable (DD). Le premier niveau est celui de la sensibilisation. Les JE constituent un espace de diffusion des enjeux du DD auprès d’un public diversifié. Les contenus présentent les trois piliers du DD – social, environnemental et économique – en les articulant au contexte de Paris 8, pensé comme un territoire de vie et de travail. Initialement conçues (édition 1) comme un espace de mise en discussion des travaux des étudiants et enseignants-chercheurs, ces JE ont rapidement élargi leur portée. Dès l’édition 2, elles visent à contribuer au « territoire de l’université » en s’adressant à l’ensemble de la communauté – étudiants, enseignants, chercheurs, personnels administratifs et techniques – tout en ouvrant le dialogue avec des acteurs extérieurs. L’analyse systémique et instrumentale de projets de DD, menés sur le campus, a conduit à un élargissement disciplinaire (géographie, arts, économie, etc.), afin d’aborder la complexité intrinsèque des enjeux de soutenabilité. Exposés, tables rondes et ateliers invitent à questionner les relations entre DD, travail, formation et vie quotidienne. Les thématiques abordées (ex : gestion des déchets, agriculture urbaine ou biologique, recycleries, etc.) soutiennent une compréhension partagée des problématiques du DD au sein de la communauté universitaire. Le deuxième niveau renvoie à la construction d’une posture critique, disciplinairement ancrée. Les JE interrogent les contradictions du DD, notamment la faible prise en compte historique du travail et de l’activité dans ses déclinaisons institutionnelles. Plusieurs contributions montrent comment certaines initiatives, telles que le tri des déchets, peuvent paradoxalement générer une intensification du travail, révélant un écart entre intentions écologiques et conditions concrètes de réalisation. L’objectif est d’ouvrir un débat éclairé sur les limites du DD et sur les conditions d’une véritable durabilité sociale, que l’ergonomie peut soutenir avec ses outils d’analyse systémique, instrumentale et multiscalaire. Enfin, le troisième niveau est celui de l’expérimentation. Adossées à l’un des enseignements du Master 1, les JE analysent des projets concrets menés au sein de Paris 8 ou, plus largement, sur le territoire francilien. L’installation d’un rucher sur le campus en constitue un exemple, analysé comme initiative environnementale mais aussi comme dispositif pédagogique mobilisant une communauté d’acteurs. D’autres travaux étudiés portent sur des dispositifs de réduction des déchets, de sensibilisation à la biodiversité ou des projets d’aménagement durable, analysés dans une perspective ergonomique centrée sur l’activité, les usages et les dynamiques organisationnelles. Ces retours d’expérience fournissent des matériaux empiriques essentiels pour comprendre les conditions de mise en œuvre du DD. Les JE s’orientent ainsi vers un laboratoire d’analyses des projets et pratiques soutenables à l’échelle territoriale. accompagner des jeunes professionnel.les à intégrer le développement durable dans leurs pratiques : récit d’intervention auprès d’étudiant.es en entrainement sportif La communication concerne un dispositif, conçu par les trois chercheuses autrices de cette communication, qui vise à accompagner des professionnel.les dans leur volonté de faire évoluer leurs pratiques de travail vers plus de durabilité. Le dispositif présenté a déjà été testé auprès de différents collectifs de professionnel.les. L’analyse de ce dispositif a fait l’objet de plusieurs publications (Le Bail, Prost et Chizallet, 2023 ; Chizallet, Le Bail et Prost, 2024). Le dispositif repose sur différents travaux en ergonomie qui permettent de repositionner le travail sur les questions posées par le développement durable et d’envisager un ensemble de caractéristiques pertinentes pour se saisir des enjeux de la durabilité tels que les notions de transition, d’expérimentation, de temporalité, de justice sociale, de sens et de valeurs, etc. La première journée est composée de quatre ateliers successifs qui visent l’ancrage dans des expériences vécues et la projection vers de nouveaux objets de travail qui tiennent compte d’enjeux relatifs au développement durable. Cette première journée donne lieu à une construction collective d’intentions d’action relatives au sujet traité. L’objectif de cette communication s’inscrit dans la volonté d’enrichir ce dispositif en présentant l’accompagnement d’une promotion d’étudiant.es de Master 2 Entrainement et Optimisation de la Performance Sportive (EOPS) de la filière STAPS à intégrer les enjeux du développement durable. La demande initiale est formulée par les responsables de la filière qui souhaitent travailler la question de la performance sportive durable avec leurs étudiant.es, ce sujet constituant un des axes fédérateurs du laboratoire de recherche auquel ils et elles appartiennent. La performance sportive est un domaine marqué par une faible prise en compte des aspects de développement durable au niveau des piliers social et environnemental. La communication repose sur un récit d’intervention pour raconter la mise en pratique des intentions d’action que les participant.es construisent lors de la première journée du dispositif. En s’appuyant sur une intervention longue auprès des étudiant.es de Master EOPS nous proposons un soutien à la mise en œuvre concrète des actions envisagées lors de la première journée, en proposant un accompagnement régulier sur toute une année de formation en alternance. Quatre sujets de travail ont été envisagés collectivement lors de la première journée du dispositif (santé mentale; gestion du double projet; recyclage du matériel sportif ; troubles alimentaires). Ces sujets sont devenus des projets que les jeunes professionnel.les ont eu à conduire dans leur structure d’accueil. Le suivi a consisté en des séances d’accompagnement mensuelles thématiques lors desquelles des outils mobilisés en ergonomie ont été proposés : analyse socio-organisationnelle, analyse stratégique des acteurs, rédaction d’un cahier des charges, etc. C’est ce suivi que nous proposons d’analyser dans cette communication. L’accompagnement mené auprès de ces jeunes professionnel.les sera retracé à l’aide d’une chronique mettant en évidence les différentes étapes de l’accompagnement et quelques uns des effets de cet accompagnement sur les jeunes professionnel.les. Nous discuterons des outils d’animation construits pour cet accompagnement, de la particularité du profil des participants à cet atelier et du rôle du responsable de la formation dans cet accompagnement. Bibliographie
Le Bail, C., Prost, M., & Chizallet, M. (2023). Soutenir la conception collaborative de nouveaux objets de travail qui participent au développement durable: le cas d’un collectif d’enseignants‑chercheurs en Sciences du Sport. Activités, (20-2). Chizallet, M., Le Bail, C., & Prost, M. (2024). Repenser ses objets de travail au prisme du développement durable : proposition d’un dispositif d’accompagnement pour les professionnels. Communication au 19ème congrès du Réseau International de recherche sur les Organisations et le Développement Durable (RIODD). Bruxelles, 26-28 Septembre. Retracer des trajectoires de professionnels engagés dans la durabilité dans une approche systémique et multi niveaux : exemples de la TEDS. Face aux différentes crises mises en évidence par les rapports du GIEC, le gouvernement français incite les universités à intégrer au premier cycle un socle de connaissances et compétences sur la transition écologique pour un développement soutenable (TEDS). Chaque université est autonome dans la manière de mettre en œuvre ces recommandations et la coordination de cette transformation est assurée par différents services (SUP, DGS, DDRS, …). Malgré cette apparente dynamique institutionnelle et collective, on observe des initiatives localisées, basées sur des approches disciplinaires, à l’échelle des individus et une timide démocratisation des enseignements en lien avec la TEDS. Pour proposer une stratégie d’accompagnement de la communauté enseignante adaptée, des questions se posent sur les freins et les leviers à l’intégration de ces enseignements, par essence complexes, dans un écosystème, ici l’université, lui-même complexe. En nous basant sur les résultats de l’étude de Trividic & al. (2025), notre étude vise à nourrir la stratégie d’accompagnement de la communauté enseignante de manière plus globale au niveau de l’université. Pour ce faire, nous analysons des trajectoires d’enseignant·es chercheurs·ses déjà engagé·es dans une dynamique d’intégration de la TEDS à partir de l’analyse systémique multiniveaux basée sur le modèle Sustainable System of Systems (SSoS) (Thatcher et Yeow, 2016) articulée à une approche de l'analyse de l'activité au sein de l'ergonomie francophone centrée sur l'activité (FACE), tel que le proposent Thatcher, Guibourdenche et Cahour (2019). Cette hybridation invite à penser la complémentarité entre les approches centrées sur l’activité et les approches systémiques afin de ne pas basculer dans une description désincarnée des trajectoires de transitions vers plus de durabilité, risquant ainsi d’étouffer la singularité et la richesse des parcours. Cinq enseignant·es-chercheurs·ses d’une université française ont été interrogé·es en s’inspirant de la méthode de la chronique du changement de Chizallet (2019) pour identifier leurs préoccupations, freins et leviers relatifs à l’intégration de la TEDS dans leurs enseignements. L’analyse de contenu déductive (Strauss & Corbin, 1998) a permis de montrer que les enseignant·es sont majoritairement orienté·es vers un triptyque de préoccupations en lien avec l’approche pédagogique, la collaboration et leurs convictions personnelles. En parallèle, la collaboration, l’approche pédagogique et les compétences professionnelles apparaissent comme des leviers centraux pour la mise en place d’enseignements liés à la TEDS. Enfin, on constate des freins propres au métier d’enseignant à l’université liés aux aspects de collaboration ou encore à la charge de travail. La modélisation des trajectoires, à partir du modèle SSoS, apparait comme un résultat innovant et montre comment les freins et les leviers s’agencent dans le temps et dans l’écosystème pour la mise en place des contenus d’enseignement en lien avec la TEDS. L’apport du modèle SSoS dans notre recherche permet de mettre en évidence des liens entre les systèmes personnel et professionnel des enseignant.es dans le cadre de la mise en place d’enseignements liés à la TEDS. Nos résultats mettent à jour et discutent de perspectives intéressantes pour l’accompagnement des enseignant·es chercheurs·ses dans un contexte de transition écologique. Bibliographie
Thatcher, A., Guibourdenche, J., & Cahour, B. (2019). Sustainable system-of-systems and francophone activity-centered approaches in ergonomics : Converging and diverging lines of dialogue. Psychologie française, 64(2), 159‑177. Thatcher, A., & Yeow, P. H. (2016). A sustainable system of systems approach: a new HFE paradigm. Ergonomics, 59(2), 167-178. Trividic, C., Prost, M., Kerivel, T. (2025). Leviers et freins à la mise en place d’enseignements liés à la Transition Écologique pour un Développement Soutenable, colloque “Questions de Pédagogies dans l'Enseignement Supérieur”, 19 au 23 mai, Brest. un parcours de formation destiné à accroître la participation citoyenne : une recherche-action participative Avec le soutien technique et financier de l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires, une recherche action participative (Cornish, 2023) a été menée dans une commune d'Auvergne-Rhône-Alpes. Dans le cadre du programme Territoires d’Engagement, un parcours d’accompagnement des élus et agents de la collectivité est créé sur mesure afin de mettre en œuvre des projets participatifs soutenables. Il est composé de formations associées à la réalisation de projets. Le programme soutien des projets locaux via la coopération et l’engagement citoyen. Il pose un environnement capacitant (Falzon, 2013) et permet d’installer un laboratoire du changement (Lémonie et Grosstephan, 2021). Le parcours de formation suit huit étapes et cinq axes décrivent les objectifs pédagogiques : ‒ E1 : Mise à plat, E2 : conduire le changement durant trois ans en implémentant des recherches-action, E3 : créer un espace d’échange, de collecte et d’analyse de données, E4 : expérimenter les liens non hiérarchiques, E5 : stimuler et renouveler la coopération, E6 : cadrer l’intensité de la participation, E7 : valoriser, sécuriser et élargir la participation, E8 : faciliter la proximité au service de l’ensemble des politiques publiques de la commune. ‒ A1 : connecter, A2 : coopérer, A3 : faciliter, A4 : intégrer, A5 : s’ouvrir. Les objectifs pédagogiques visés sont évolutifs. Ils visent à apaiser les jeux de concurrence, à préciser le cadre de coopération et développer les compétences techniques et non techniques des acteurs. L’ingénierie de projets est gérée à l’aide de conventions et la participation citoyenne est l’incitateur andragogique (Simonian, 2003) : un groupe de pilotage donne les grandes orientations, permet l’émergence de projets, propose les groupes d’ambassadeurs ; le groupe projet facilite le processus (pilotage opérationnel, recherche de prestataire, rédaction des cahiers des charges, suivi et évaluation des projets) ; des ambassadeurs mettent en place les projets qui génèrent les activités permettant les apprentissages. Des réunions participatives permettent de définir les groupes projets, d’étayer les propositions, et de valider les orientations. La facilitation est opérée sur le territoire dans le cadre d'une thèse Cifre qui a permis le montage d’un laboratoire du changement et d’un observatoire de l'implicite. A partir de l’analyse des projets menés, les résultats démontrent le renforcement de l’agentivité[1] des acteurs au gré des projets et la nécessité de : conduire le changement en mettant en place de nouvelles instances de gouvernance et en créant de nouveaux rituels, de gérer les humains et les résistances au changement, de partager les valeurs de la coopération, de responsabiliser les acteurs en leur permettant de clarifier leurs contraintes, leurs intentions, intérêts et enjeux. Au gré de l’évolution du dispositif, les acteurs ont été capables d’observer, d’écouter, de clarifier, de dire leurs désaccords et de travailler sur de nouvelles alternatives. Dans le cadre d’une université d’été en créativité, en développant une culture de l’adhocratie, les apprentissages de ce programme ont été partagés et expérimentés avec d’autres professionnels de terrain (Vermes & Gabaude, 2024). [1] capacité des individus à contrôler leurs actions et à être agents de leur propre existence Bibliographie
1. Cornish, F., Breton, N., Moreno-Tabarez, U. et al. (2023). Participatory action research. Nat Rev Methods Primers 3, 34. https://doi.org/10.1038/s43586-023-00214-1 2. Falzon, P. (2013). Ergonomie constructive. Dans Pierre Falzon (Ed), Presses Universitaires de France, « Hors collection », p.254. 3. Lémonie, Y., Grosstephan, V. (2021). Le laboratoire du changement, Revue d’anthropologie des connaissances, 15-2. 4. Simonian, S. (2003). L’incitateur andragogique. Pour une meilleure compréhension des enjeux dans les formations adultes et les formations en ligne. Savoirs, 3(3), 75-90. https://doi.org/10.3917/savo.003.0075 5. Vermes, A., Gabaude, C. (2024). Le défi de la coopération : aux poêles citoyens !, livre blanc, Créa-U, Le Touquet, France. Les bouleversements de la posture de conseiller.e agricole : rôle d’animateur.rice.s de communautés virtuelles Face à certains défis du monde actuel, l’agriculture est considérée comme une solution pour répondre à la crise écologique et sociale notamment lorsqu’elle s’oriente vers des formes plus respectueuses des agroécosystèmes telles que l’agroécologie. Une particularité de l’agroécologie est que les connaissances à mobiliser ne sont pas stabilisées, les agriculteurs doivent constamment s’adapter pour faire face à des situations qui sont à la fois complexes, incertaines et qui se composent de différentes dimensions (e.g. Slimi, 2024). Accompagner les agriculteur.rice.s dans ce contexte est particulièrement crucial. Le métier de conseiller se trouve profondément modifié, il doit à l’inverse se placer dans une posture d’accompagnant et aider les agriculteurs à construire leur propre solution en tenant compte de divers facteurs tels que les caractéristiques des situations de travail et les objectifs que les agriculteurs se fixent. Les échanges virtuels entre agriculteurs sont de plus en plus courants. Des travaux comme ceux de Prost et al. (2017) ont montré que ces regroupements s’apparentent à des communautés de pratique (Wenger, 1998) et peuvent constituer une ressource pour soutenir les changements dans les pratiques agricoles (Prost et al., 2017, Slimi et al., 2024). Slimi et al., 2024 démontrent comment l’animation de communautés via WhatsApp peut encourager les agriculteurs à adopter des pratiques durables. Notre contribution propose ainsi de rendre compte des évolutions de la posture professionnelle auxquelles font face celles et ceux qui “accompagnent” les transitions agroécologiques et animent les échanges virtuels : conseillers, animateurs, techniciens, etc. Nous nous demandons comment ces professionnels s’adaptent à ces changements et quels sont les besoins en formation qui émergent. Pour cela, nous essayons de retracer l’activité de ces professionnels à travers le croisement de différentes méthodes. Nous nous appuyons sur un dispositif de recherche-action mis en place chemin faisant dans le projet CASDAR X-P@irs, visant la massification des couverts végétaux par l’animation de communautés hybride - présentielles et en ligne - de maraîchers ou de viticulteurs. Ce dispositif s’est appuyé sur: 1) une analyse de l’activité des 5 agents de développement; 2) un suivi pour soutenir leur activité d’accompagnement pendant 12 mois. 3) une enquête en ligne réalisée auprès de 156 agents de développement à propos de leur activité d’accompagnement des agriculteurs. Également, nous nous appuyons sur le travail de doctorat de Louise Ardoint qui interroge le lien entre les échanges au sein des communautés virtuelles et le changement de pratiques effectifs des maraicher.e.s à l’aide d’analyse de contenus des échanges en ligne, d’entretien explicitant et d’observations. Tandis que le projet X p@irs s’intéresse à des accompagnateur.rice.s dont l’animation de communautés en ligne fait partie de leur mission, la thèse s’intéresse au fonctionnement de communautés en ligne existantes animées par des professionnels ou des bénévoles. En analysant l’activité des animateur.rice.s qui répondent à une injonction et ceux qui ont créé des communautés virtuelles spontanément, la communication visera à mettre en évidence les différences et similitudes. Ces résultats permettent d'identifier les compétences à développer pour accompagner cette évolution du métier. Bibliographie
Prost, M., Prost, L., & Cerf, M. (2017). Les échanges virtuels entre agriculteurs : Un soutien à leurs transitions professionnelles ? Raisons éducatives, 2017/1(21), Article 21. Prost, M., Gross, H., & Prost, L. (2022). How could social media support farmers concerned with sustainability issues? The Journal of Agricultural Education and Extension, 30, 1‑23. Rénier, L., Cardona, A., Goulet, F., & Ollivier, G. (2022). La proximité à distance : Comment les agri-youtubeurs communiquent sur leurs pratiques. Réseaux, N° 231(1), Article 1. Slimi, C., Cerf, M., Prost, L., & Prost, M. (2024). Soutenir la transformation du travail en agroécologie : Des collectifs de pairs qui favorisent l’induction et le développement de l’enquête des agricultrices et agriculteurs. Agronomie, Environnement & Sociétés, 14(1). Prévention, genre et soutenabilité : enjeux de formation pour la santé au travail Les inégalités de genre constituent l’un des 17 objectifs de l’Agenda 2030 pour le développement durable (Organisation des Nations unies ; Esquivel & Sweetman, 2016). Dans ce contexte, plusieurs travaux en ergonomie soulignent la nécessité d’intégrer une approche sexuée dans la formation à la santé et à la sécurité au travail (Bérubé, Chatigny & Laberge, 2025 ; Lacomblez, Ollagnier & Teiger, 2016 ; Teiger & Lacomblez, 2013). Cette communication s’appuie sur des analyses qualitatives issues de deux projets de recherche, fondées sur des observations et des entretiens menés dans le secteur de la pêche (n = 7) et celui du tri des déchets (n = 38). Les résultats mettent en évidence les effets délétères de la division sexuée du travail sur les conditions de travail, la santé et la soutenabilité des activités. Ces effets demeurent insuffisamment pris en compte dans les dispositifs classiques de prévention et les formations, interrogeant les modalités d’accompagnement de ces secteurs. Dans le secteur de la pêche, la conception du travail et des outils s’est construite à partir d’un modèle implicite de marin masculin, érigé en norme. S’il génère des contraintes pour tous (pénibilité, horaires atypiques), il produit aussi des effets spécifiques pour les femmes. Les dimensions liées au sexe (maternité) et au genre (stéréotypes) restent peu prises en compte dans l’organisation du travail et la conception des outils (absence d’aménagements sanitaires, difficultés de reprise après grossesse, risques économiques liés aux interruptions d’activité). Cette configuration contribue à maintenir les femmes en position périphérique et à produire des risques différenciés pour la santé. Dans la filière du tri des déchets, l’organisation du travail repose sur un modèle industriel (parcellisation, travail à la chaîne, équipements standardisés) orienté vers la productivité. L’activité est structurée par des contraintes de production et la variabilité des flux. Au-delà des effets déjà documentés (troubles musculo-squelettiques, expositions biologiques et chimiques), l’analyse met en évidence des effets spécifiques liés à la division sexuée du travail, reposant sur des stéréotypes associant force aux hommes et minutie aux femmes. Cela conduit à une répartition différenciée des tâches : les hommes en début de chaîne (port de charges), les femmes en fin de chaîne (tri fin, contrôle qualité). Cette contribution montre que la division sexuée du travail, combinée à des dispositifs de prévention standardisés, invisibilise des risques différenciés et produit des inégalités de santé, compromettant la soutenabilité des activités. Elle souligne la nécessité de développer des approches de prévention intégrant explicitement sexe et genre, encore peu mises en œuvre malgré les recommandations de l’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT, 2025). La formation constitue un levier pour rendre discutables les normes androcentrées structurant la conception du travail. Des dispositifs d’intervention basés sur des approches participatives, inspirées des Change Lab (Engeström, 2011), apparaissent comme des pistes pour former les professionnel.les de la prévention à mobiliser et concevoir des dispositifs articulant genre, santé et soutenabilité des activités. Bibliographie
Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (2025). DUERP : Réaliser une évaluation différenciée des risques professionnels femmes-hommes. Bérubé, M., Chatigny, C., & Laberge, M. (2025). Vocational training and occupational health: An ergonomics approach to gender and disabilities for social sustainability. International Journal of Industrial Ergonomics, 110. https://doi.org/10.1016/j.ergon.2025.103821 Engeström, Y.. (2011). From design experiments to formative interventions. Theory & Psychology, 21(5), 598–628. Lacomblez, M., Ollagnier, E., & Teiger, C. (2016). Les ergonomes peuvent-ils rester borgnes ? À propos de la relation intervention–formation–genre. Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, 18(2). https://doi.org/10.4000/pistes.4829 Teiger, C., & Lacomblez, M. (2016). Se former pour transformer le travail. Presses de l’Université Laval. Esquivel, V., & Sweetman, C. (2016). Gender and the Sustainable Development Goals. Gender & Development, 24(1), 1–8. https://doi.org/10.1080/13552074.2016.1142212 | ||