
Colloque RIFT 2026 - 25 ans
Développer les rapports entre recherche et formation : enjeux, acteurs et méthodes
7 au 9 septembre 2026 | Genève
Programme de la conférence
Vue d’ensemble et détails des sessions pour cette conférence. Veuillez sélectionner une date ou un lieu afin d’afficher uniquement les sessions correspondant à cette date ou à ce lieu. Cliquez sur une des sessions pour obtenir des détails sur celle-ci (avec résumés et téléchargement si disponibles).
|
Récapitulatif du jour |
| Session | ||
Sympo_double_17: À quel prix une méthode de recherche et/ou d’intervention en analyse du travail peut-elle se transformer en une démarche de formation en contexte formel ?
| ||
| Présentations | ||
À quel prix une méthode de recherche et/ou d’intervention en analyse du travail peut-elle se transformer en une démarche de formation en contexte formel ? Depuis le début des années 90, la rencontre entre les sciences du travail et les sciences de l'éducation contribue au renouvèlement des formes et des cadres de la recherche sur le travail dans les métiers de l'éducation notamment sur le travail enseignant (Durand, 1996). Notamment en permettant d’articuler l’analyse du travail des professionnels, tel qu’il se fait et s’éprouve, avec les dimensions pédagogiques, organisationnelles qui l’organisent ou le prescrivent. Ce qui a ouvert une voie à des approches qui interrogent à la fois les conditions de réalisation du travail, les savoirs mobilisés, et les transformations du travail en contexte de réformes institutionnelles et d’évolutions technologiques. Dans la foulée, cette rencontre a également contribué à renouveler le regard sur la formation aux métiers de l'éducation de façon générale et de l'enseignement de façon particulière. Ce symposium a pour objet la façon dont l'analyse du travail contribue à la structuration de la formation et au développement de nouvelles formes et de nouveaux espaces de formation à l'exercice d'un métier en enseignement. Plus spécifiquement, il a pour objet la mobilisation en formation de méthodes développées initialement pour transformer et/ou expliquer le travail tel qu'il se déploie au quotidien dans une organisation du travail donnée. D'où la question titre du symposium : à quel prix une méthode de recherche et/ou d'intervention en analyse du travail peut-elle se transformer en une démarche de formation ? Comment dans nos usages en formation ou en recherche sur la formation se déclinent les inflexions apportées aux démarches initiales d'analyse du travail ? Comment les intentions de formation transforment les formes et contenus de ces démarches ? Ces questions peuvent être un levier pour en interroger la spécificité au regard de nos cadres théoriques, voire des épistémologies auxquelles ils sont adossés. Sous cet angle, l’intention du symposium est de susciter une discussion collective au service du développement d’une réflexion sur les différentes questions suivantes : 1) les arguments soutenant cette transformation (effets formateurs/développementaux observés en situation de recherche ou d'intervention, nécessité de didactiser le travail pour en faire un objet de formation, etc.), 2) les transformations dans les usages, les formes et les normes de ces démarches lorsqu'elles sont mises en œuvre en formation, 3) la manière dont elle repositionne les rapports entre recherche, travail et formation, ainsi que les rapports avec les partenaires en milieu de travail, par exemple en soutenant des demandes de nouvelles formes de formation en milieu de travail. 4) les inflexions dans la notion même de travail qu'elles introduisent, par exemple en passant de l'analyse du travail à l'analyse de l'activité. En toile de fond, il s’agit aussi d'apprécier si les promesses sont bien tenues : cette migration contribue-t-elle à une amélioration de la qualité de la formation ? Comment être en mesure de le démontrer ? Présentation du symposium Que faire du difficile à vivre, difficile à faire et difficile à dire en situation de coanalyse du travail à des fins d’intervention et/ou de formation ? L’analyse ergonomique du travail dans le champ de l’éducation est un cadre de référence qui vise à faire du travail « tel qu’il se fait et s’éprouve » (Saussez, 2014, p. 191) l’objet de l’intervention ou de la formation suivant le contexte où elle se déploie. Quand on entre dans l’analyse du travail avec des personnes participantes par l’analyse de difficultés vécues en situation de travail tel que le propose Wisner (1995), on ouvre une porte à l’expression d’émotions liées à une situation de travail vécue comme difficile de façon récurrente dans la démarche de coanalyse. Ce faisant, cette démarche, que ce soit en situation d’intervention recherche ou de formation ouvre un espace de recherche concernant la dialectique entre pensée et affectivité dans le développement de l’expérience (Vygotski, 1935/1994). Cette communication questionne le sort que nous réservons, comme chercheurs et comme formateurs au « difficile à vivre » au travail dans nos démarches de coanalyse. Comment l’entrée par la prise de conscience du « difficile à faire » et du « difficile à dire » peut-elle laisser de la place pour réfléchir collectivement sur ce que travailler fait aux personnes qui exercent dans le champ de l’éducation et ce qu’elles peuvent ou non en faire? Pour aborder cette question, nous mettrons en évidence comment une démarche d’analyse du travail qui mobilisent la méthode de la photographie adressée (Félix et Mouton, 2018; Filippi et al., 2022) permettent et assument la circulation des émotions au service du développement de l’expérience des personnes participantes. Nous illustrerons également les bénéfices de l’analyse des liens entre cognition et émotions pour la recherche en éducation. Enfin, nous questionnerons ce que cette place laissée aux émotions fait au formateur ou à l’intervenant dans son dispositif. Bibliographie
Félix, C. et Mouton, J.-C. (2018). La photographie adressée, comme méthode indirecte d’accès à l’expérience du professionnel. TransFormations - Recherche en Education et Formation des Adultes, (18). https://transformations.univ-lille.fr/index.php/TF/article/view/303 Filippi, P.-A., Félix, M.-C. et Mouton, J.-C. (2022). Mobiliser des traces du travail réel en formation : la photographie adressée. Nouveaux cahiers de la recherche en éducation, 24(2), 101‑126. https://doi.org/10.7202/1098134ar Saussez, F. (2014). Une entrée activité dans la conception d’environnements de formation pour sortir d’une vision fonctionnaliste de la formation, un essai de conclusion. Activités, 11(11‑2). https://doi.org/10.4000/activites.969 Vygotski, L. S. (1994). Defectologie et deficience mentale (édité par K. Barisnikov et G. Petitpierre). Delachaux et Niestlé. Wisner, A. (1995). Réflexions sur l’ergonomie, (1962-1995). Octares. Quand l’analyse du travail devient dispositif de formation : réflexivité, référentiel de compétences et autonomisation des futur·e·s enseignant·e·s primaires de la HEP-BEJUNE Cette communication analyse dans quelles conditions une recherche sur la réflexivité en formation initiale peut être transformée en dispositif d’autonomisation des futur·e·s enseignant·e·s. Appuyée sur un projet de développement au service du pilotage de la formation, lié à un nouveau référentiel de compétences, elle conçoit ce dernier comme prescrit structurant un processus d’autonomisation par la réflexivité. La question centrale est la suivante : à quel prix épistémologique, méthodologique et institutionnel la mise en dispositif de l’analyse de l’activité réflexive permet-elle d’outiller les formatrices et formateurs pour enquêter sur leurs pratiques d’accompagnement dans la professionnalisation des étudiant·e·s ? Sur le plan théorique, la communication articule la tradition pragmatiste de Dewey, pour qui la réflexion est une enquête transformant une expérience problématique en expérience reconstructive (Dewey, 1938/1993), avec le modèle du praticien réflexif de Schön, référence majeure en formation à l’enseignement. Ces perspectives sont mises en tension avec les critiques d’un usage inflationniste et flou de la notion de pratique réflexive (Saussez et al., 2001 ; Guillemette, 2016) et avec les approches définissant la réflexivité comme compétence à la fois posturale, pratique et cognitive, requérant un accompagnement structuré et une explicitation des démarches d’enquête (Altet et al., 2013 ; Saussez & Allal, 2007). Dans cette perspective, la réflexivité est conçue comme compétence transversale d’enquête sur l’activité, articulant savoirs académiques, d’expérience et prescrits curriculaires, au service d’une autonomie professionnelle entendue comme capacité à interpréter, réguler et transformer sa pratique (Martinet et al., 2001 ; Paquay et al., 2012). Empiriquement, la communication s’appuie sur une recherche en cours visant à cartographier la place de la réflexivité dans le cursus et à identifier les conditions d’un dispositif continu d’autonomisation réflexive. La méthodologie combine l’analyse documentaire des prescrits, la collecte de représentations auprès de trois publics (formatrices et formateurs HEP, en établissement, et étudiant·e·s) par questionnaires et entretiens, ainsi que l’analyse multimodale de traces réflexives (portfolios, entretiens de stage, carrefours, mémoires). Ce matériau met en évidence, d’une part, les décalages entre omniprésence discursive de la réflexivité et difficulté des étudiant·e·s à dépasser une logique de « trucs et ficelles » au profit d’une enquête structurée sur l’action (Deprit et al., 2022 ; Maulini et al., 2025 ; Moncaret et al., 2025), et, d’autre part, les effets de la didactisation de la réflexivité sur la configuration des espaces et des tâches de formation. L’analyse discutera ce que la migration d’outils d’analyse de l’activité vers des dispositifs de formation transforme dans les usages, les normes et les finalités de ces démarches, lorsque la réflexivité devient à la fois objet d’enseignement, critère d’évaluation et levier d’autonomisation. Elle interrogera aussi le repositionnement des rapports entre recherche, travail et formation dans un contexte où le référentiel de compétences agit comme prescrit normatif et ressource pour une culture partagée de la réflexivité. Enfin, la communication mettra en lumière les promesses et tensions d’un curriculum structuré autour de l’autonomie réflexive : conditions de visibilité du processus d’autonomisation, risques d’instrumentalisation et potentialités de diffusion du dispositif au-delà de la formation initiale. Bibliographie
Altet, M., Desjardins, J., Etienne, R., Perrenoud, P., & Paquay, L. (2013). Former des enseignants réflexifs: obstacles et résistances. De Boeck Supérieur. Deprit, A., Cambier, A. C., Hanin, V., Wouters, P., & Van Nieuwenhoven, C. (2022). Favoriser la compétence réflexive en formation initiale: les points de vue croisés des formateurs et des futurs enseignants. Formation et profession, 30(3), 1-15. Dewey, J. (1938/1993). Experience and education. Kappa Delta Pi. Galand, B. (2009). Hétérogénéité des publics et complexification du travail enseignant. Les Cahiers de recherche en éducation et formation n°71 – Septembre 2009. Guillemette, F. (2016). Introduction : la pratique réflexive, tout le monde en parle, mais…. Approches inductives, 3(1), 1–6. Jorro, A. (2005). « Réflexivité et auto-évaluation dans les pratiques enseignantes ». Mesure et évaluation en éducation, 27(2), pp. 33-47. Martinet, M., Raymond, D., & Gauthier, C. (2001). La formation à l’enseignement. Les orientations, les compétences professionnelles. Québec, Canada : Ministère de l’éducation du Québec. Maulini, O., Bouchetal, T., Malo, A., & Van Nieuwenhoven, C. (2025). Guide pour la formation réflexive des enseignants: Concevoir, conduire et développer des dispositifs professionnalisants. De Boeck Supérieur. Moncarey, C., Colognesi, S., & Hanin, V. (2025). Comment les formateur· trices d’enseignant· es définissent-ils/elles la réflexivité ? Formation et pratiques d’enseignement en questions, 2025, 193.213. Paquay, L., Altet, M., Charlier, E., & Perrenoud, P. (2012). Former des enseignants professionnels: quelles stratégies? quelles compétences?. De Boeck Université. Perrenoud, P. (2001). Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant. ESF. Saussez, F., & Allal, L. (2007). Réfléchir sur sa pratique: le rôle de l’autoévaluation ? Mesure et évaluation en éducation, 30(1), 97-124. Saussez, F., Ewen, N., & Girard, J. (2001). Au cœur de la pratique réflexive, la conceptualisation? Réflexions à partir d'un dispositif de formation au Grand-Duché de Luxembourg. Recherche & formation, 36(1), 69-87. Schon, D. A. (1994). Le praticien réflexif: à la recherche du savoir caché dans l'agir professionnel. Logiques. Aider le futur enseignant à « s’autoriser » : le pouvoir d’agir comme cible de l’entretien de régulation L’entretien de régulation (ER) constitue un moyen parmi d’autres visant à favoriser un retour réflexif sur l’ action ancré dans une trace observable (Beckers, 2007; Beckers & Noël, 2013; Schillings et al., 2018). Il s’inscrit dans une vision de la réflexivité qui englobe divers modèles et approches (Derobertmasure & Dehon, 2012; Donnay & Charlier, 2008) enracinés dans la notion classique de « praticien réflexif » (Schön, 1983). On définit l’ER comme une méthode d’autoscopie, qui prend place au sein d’une démarche itérative, dite de « compagnonnage réflexif » (Beckers & Noël, 2013) suivant le schéma : observation de l’action ; retour sur l’action (ER) ; identification de pistes de régulation de l’action (ER) ; mises en œuvre dans une action ultérieure, également observée ; etc. Jusqu’à présent utilisé surtout dans la formation initiale des enseignants, c’est dans ce cadre qu’il a été développé (Beckers, 2007) et c’est sur ce domaine que se centre cette proposition. En matière de conduite de l’entretien, le formateur adopte une posture de facilitateur de l’analyse pour le participant (Beckers, 2007). Pour ce faire, l’ER convoque quatre catégories d’intervention du formateur classées selon leur fonction (Beckers & Noël, 2013; Schillings et al., 2018) :
La méthode articule recherche et formation de deux manières. D’une part, elle sert à la fois d’outil de formation et d’accompagnement (médiations langagières) en intégrant une collecte de données (confrontation à des traces d’activité observables). D’autre part, sa troisième catégorie d’intervention consiste à mobiliser la recherche pour aider le participant à s’auto-informer, en l’utilisant comme cadre d’analyse de son action. Jusqu’à présent, les écrits sur l’ER se sont centrés sur le volet « compétence » (savoirs d’action et coordination) de l’action du participant (Beckers, 2009) davantage que sur son pouvoir d’agir (Rabardel, 2005). Nous voudrions explorer le potentiel de l’ER en matière d’aide à l’élargissement du pouvoir d’agir. Plus spécifiquement, nous visons à identifier, dans des épisodes issus d’ER menés par des formateurs rompus à l’exercice, dans quelle mesure cette méthode peut aider le futur enseignant à « s’autoriser » (Volpé & Lussi Borer, 2024). « S’autoriser », processus par lequel le sujet construit de nouveaux compromis et assume les choix qui sous-tendent son activité professionnelle, semble prégnante chez les enseignants novices (Lussi Borer & Muller, 2014; Volpé & Lussi Borer, 2024). L’ER revêt selon nous un fort intérêt dans la dialectique qu’il pose entre expertise du formateur et émancipation du formé, et dans sa centration sur l’action en situation. Néanmoins, si l’on part du principe que compétence et pouvoir d’agir demeurent les deux conditions d’un travail sensé (Clot, 2017), nous devons faire évoluer nos outils de formation pour qu’ils investissent ces deux conditions. Bibliographie
Beckers, J. (2007). Compétence et identité professionnelles : L’enseignement et autres métiers de l’interaction humaine. De Boeck. Beckers, J. (2009). Contribuer à la formation de « praticiens réflexifs » : Pistes de réflexion. Puzzles, 26, 4‑14. Beckers, J., & Noël, S. (2013). Une co-formation professionnelle : Le « Compagnonnage réflexif ». Bulletin du CIFEN, 32, 77‑80. Clot, Y. (2017). Travail et pouvoir d’agir. Presses Universitaires de France. Derobertmasure, A., & Dehon, A. (2012). Développement de la réflexivité et décodage de l’action : Questions de méthode. Phronesis, 1(2), 24‑44. https://doi.org/10.7202/1009058ar Donnay, J., & Charlier, E. (2008). Apprendre par l’analyse de pratiques : Initiation au compagnonnage réflexif (2e édition). Presses Universitaires de Namur. Lussi Borer, V., & Muller, A. (2014). Exploiter le potentiel des processus de renormalisation en formation à l’enseignement. Activites, 11(2). https://doi.org/10.4000/activites.967 Rabardel, P. (2005). Instrument subjectif et développement du pouvoir d’agir. In P. Pastré & P. Rabardel (Éds.), Modèles du sujet pour la conception : Dialectiques activités développement (p. 11‑29). Octarès. Schillings, P., Depluvrez, Y., & Fagnant, A. (2018). L’entretien de régulation : Un cadre langagier pour soutenir l’activité réflexive des futurs formateurs d’enseignants. In S. Colognesi, C. Van Nieuwenhoven, & S. Beausaert (Éds.), L’accompagnement des pratiques professionnelles des enseignants en formation initiale, en insertion et en cours de carrière (p. 61‑82). Presses Universitaires de Louvain-la-Neuve. Schön, D. (1983). The Reflective Practitioner : How Professionals Think In Action. Basic Books. Volpé, Y., & Lussi Borer, V. (2024). Médiations et processus d’autorisation dans l’accompagnement d’enseignants novices. Éducation Permanente, 239(2), 57‑68. https://doi.org/10.3917/edpe.239.0057 Pourquoi recourir à l’ADT pour former des formateurs d’enseignants Nous proposons de rendre compte de nos pratiques de formation de formateurs en expliquant comment nous utilisons en formation les résultats, les démarches et ou les méthodes utilisées pour mener nos recherches. Pourquoi recourir aux résultats, aux démarches et méthodes de l’analyse du travail (ADT) ? A quel prix ces transpositions sont-elles réalisées ? Nous proposons de lister les raisons qui nous poussent à ces recours avant d’envisager les questions qu’ils soulèvent. Quelles que soient les épistémologies que nous mobilisons pour produire des connaissances, nous souhaitons prendre le travail au sérieux et baser la formation des formateurs notamment sur une connaissance et une analyse du travail réel. Quelles que soient nos démarches de recherche, nous avons en tant que formateurs à conceptualiser la dynamique des apprentissages et développement professionnels des formateurs d’enseignants entre les exigences des situations de travail et les potentialités des situations de formation. Sans prétendre à l’exhaustivité, le recours à l’ADT prend diverses formes selon qu’il s’agit pour nous formateurs :
A quel prix ces emprunts, ces transactions, ces transpositions peuvent-ils s’opérer ? Au prix d’un éclectisme mais aussi de principes communs :
Notre contribution s’attachera aux inflexions apportées aux démarches initiales d'analyse du travail lorsque ces dernières sont mises au service d’une intention : donner aux formateurs de multiples clefs de lecture des phénomènes sur lesquels ils ont à intervenir. Nous tenterons enfin d’en déduire des conséquences sur les démarches de recherche. La photographie adressée en formation initiale: étudier l’activité de formateurs et de stagiaires en enseignement primaire Les méthodes issues de l’analyse du travail ont contribué à renouveler la compréhension du travail enseignant et les dispositifs de formation, y compris dans une perspective centrée sur l’activité, notamment lorsqu’il s’agit d’accompagner des stagiaires de l’enseignement primaire. La photographie adressée, développée par Felix et al. (2022), Felix et Mouton (2018) et Filippi et al. (2022), s’inscrit dans ce mouvement. Elle mobilise des traces de l’expérience pour ouvrir une nouvelle expérience sous la forme d’une enquête (Dewey, 1993), tout en évitant les difficultés logistiques associées aux dispositifs vidéo. Depuis la rentrée 2024, ce dispositif est mis en œuvre à Genève dans le cadre du stage en coresponsabilité, premier module de la formation initiale en enseignement primaire. Il s’inscrit dans deux semaines de séminaires pré et post stage. Cette communication examine les inflexions que la photographie adressée subit lorsqu’elle est mobilisée en formation et interroge les effets produits chez les formateurs universitaires et les stagiaires. Ces derniers accèdent, à travers les photographies adressées, à des fragments de l’expérience professionnelle enseignante, alors même qu’ils ne disposent pas encore de toutes les ressources professionnelles et langagières nécessaires pour qualifier finement les gestes professionnels observés. La spécificité du dispositif tient à son inscription dans une situation intermédiaire (Veillard & Métral, 2025), c’est-à-dire une interface entre le terrain et les enseignements universitaires. Cette situation vise la mise en relation des expériences dans une logique d’alternance intégrative (Volpé et al., soumis). La mise en enquête des stagiaires – et l’activité des formateurs qui soutiennent cette mise en enquête – est documentée de manière empirique. Nous nous intéressons ainsi en particulier au moment central d’exposition et de discussion de la photographie en groupe, au cours duquel se négocient les premiers déplacements de sens. L’analyse porte sur l’activité conjointe formateur–stagiaire-groupe de stagiaires. Concrètement, notre protocole repose sur l’observation de trois formateurs animant chacun un groupe, et de deux stagiaires par groupe (l’autrice de la photographie et une paire participant aux échanges). Chaque formateur se filme lors de la conduite du dispositif, sélectionne un extrait significatif, puis participe à une autoconfrontation sur son activité. Une autoconfrontation est menée avec chacune des stagiaires. Finalement, une confrontation collective (Mollo & Falzon, 2004) est conduite entre les trois formateurs. L’analyse croisée de ces matériaux permet d’examiner la cohérence – ou les décalages éventuels – entre l’activité du formateur telle qu’elle apparaît dans la vidéo et l’activité des stagiaires lors du moment de photographie adressée, mais également, par contraste, les zones de divergences ou de convergences entre l’activité des trois formateurs. Elle permet par ailleurs de comprendre les conditions effectives de mise en route (ou non) de l’enquête dans chaque groupe. L’ensemble de ces éléments éclaire à la fois les dilemmes auxquels les formateurs sont confrontés et les effets formatifs produits chez les stagiaires. Enfin, dans une logique itérative conception-formation-recherche (Perrin et al., 2022), cette étude permet de réexaminer les modalités de formation proposées dans le module du stage en coresponsabilité. Bibliographie
Dewey, J. (1993). Logique. La théorie de l’enquête (2nd ed.). Presses Universitaires de France. Félix, C., & Mouton, J.-C. (2018). La photographie adressée, comme méthode indirecte d’accès à l’expérience du professionnel. TransFormations-Recherches En Éducation et Formation Des Adultes, 18, 1–17. Felix, C., Filippi, P.-A., & Mouton, J.-C. (2022). Le processus de la photographie adressée comme méthode de formation par l’analyse du travail. 1–18. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03628585 Filippi, P.-A., Félix, M.-C., & Mouton, J.-C. (2022). Mobiliser des traces du travail réel en formation: la photographie adressée. Nouveaux Cahiers de La Recherche En Éducation, 24(2), 101–126. Mollo, V., & Falzon, P. (2004). Auto-and Allo-Confrontation as Tools for Reflective Activities. Applied Ergonomics, 35(6), 531–540. https://doi.org/10.1016/j.apergo.2004.06.003ï Perrin, N., Lussi Borer, V., & Flandin, S. (2022). Conception de dispositifs de formation: un nécessaire recours à des postulats, principes, objets et critères. In G. Poizat & S. Flandin (Eds.), Conception, Recherche, Activité, Formation, Travail. Octarès. Veillard, L., & Métral, J.-F. (2025). Didactique professionnelle et alternance : la piste des situations intermédiaires. Éducation Permanente, n° 244(3), 96–107. https://doi.org/10.3917/edpe.244.0096 Volpé, Y., Bota, C. & Lussi Borer, V. (soumis). L’accompagnement des stagiaires : de l’enquête à l’intégration. | ||