
Colloque RIFT 2026 - 25 ans
Développer les rapports entre recherche et formation : enjeux, acteurs et méthodes
7 au 9 septembre 2026 | Genève
Programme de la conférence
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Sympo_double_15: Actualité de la recherche romande en formation par simulation dans le domaine de la santé
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Actualité de la recherche romande en formation par simulation dans le domaine de la santé La formation par simulation en santé, entendue ici dans un sens large, désigne un ensemble de situations et de dispositifs associés, mobilisant diverses technologies, qui permettent à des apprenant·es — en formation initiale ou continue — d’expérimenter, d’apprendre et de s’exercer - à des fins pédagogiques - à des gestes, des décisions, des communications ou des postures professionnelles, dans un environnement sécurisé, souvent scénarisé à partir d’une activité clinique et toujours accompagné. Ce champ mobilise aujourd’hui des outils et modalités très divers, allant de la réalité virtuelle aux mannequins haute-fidélité, des patients simulés aux dispositifs low-tech, en passant par des modalités hybrides et des pratiques émergentes. Il engage également des préoccupations transverses : l’interprofessionnalité, la qualité de l’accompagnement, la réflexivité, la diversité des configurations pédagogiques, la professionnalité émergente des « simulationnistes », ou encore la place accordée aux émotions, à la sécurité psychologique et à l’éthique en simulation. Dans le contexte suisse romand, la simulation en santé se développe à partir d’ancrages multiples : hautes écoles, institutions hospitalières, centres universitaires, centres de simulation récents ou en voie de structuration. Cette diversité d’implantation se traduit par une pluralité d’approches théoriques et méthodologiques, avec des travaux qui interrogent aussi bien les effets de la simulation sur les apprentissages, que les dynamiques d’implémentation, les conditions de sa durabilité ou encore la transformation des rôles professionnels qu’elle implique. Ce symposium se donne pour ambition de rassembler, le temps d’une journée, les actrices et acteurs de cette recherche en train de se faire. Il s’agit d’un premier jalon, expérimental, pour croiser les regards entre chercheur·euses, formateur·trices, simulationnistes, professionnel·les de santé et institutions. L’objectif est double : valoriser la qualité et la singularité des recherches menées en Suisse romande, mais aussi sonder l’intérêt pour constituer une communauté scientifique autour de ces questions. Présentation du symposium S'immiscer ou se retenir ? Et autres tensions dans la formation à l'entretien par simulation des étudiants en psychologie clinique Cet article examine l’expérience d’étudiants en psychologie participant à des simulations d’entretien avec des patients standardisés dans le cadre d’un programme universitaire en Suisse. Alors que les simulations sont de plus en plus utilisées dans divers domaines de formation, notamment en santé, elles restent encore peu mobilisées dans les cursus de psychologie, malgré la dimension relationnelle et clinique du futur métier. Les étudiants participant aux simulations, souvent aux prises avec l’incertitude et les défis liés à la construction de leur identité professionnelle, y rencontrent des émotions intenses telles que le stress, l’appréhension ou le sentiment d’exposition (Jacobsson et al., 2012, Skovholt & Rønnestad, 2003). Loin de considérer ces tensions comme de simples obstacles ou des effets secondaires négatifs de la simulation, nous proposons qu’elles constituent une part essentielle et formatrice du processus d’apprentissage. Nous soutenons que ces tensions, comme l’hésitation entre intervenir ou attendre, la difficulté à relier la théorie à l’action, ou encore l’ambivalence ressentie entre se protéger et oser s’impliquer, sont intrinsèques à l’expérience même de la simulation. Cette perspective rejoint les travaux récents sur le rôle des émotions dans les apprentissages simulés, qui soulignent l’influence de l’anxiété, de l’attention ou de la flexibilité cognitive sur la performance et la capacité d’intégration (Sigwalt et al., 2020). Dans cette optique, la simulation « stop-and-go », qui alterne jeu de rôle et temps d’arrêt réflexifs, offre un terrain privilégié pour observer comment les étudiants travaillent ces tensions en temps réel. Pour analyser en profondeur ces dynamiques, nous avons constitué un ensemble de données qualitatives comprenant des observations directes des sessions de simulation, des enregistrements vidéo ainsi que des entretiens micro-phénoménologiques (Poizat et al., 2023). L’analyse thématique fait émerger plusieurs tensions structurantes de l’expérience vécue. Parmi celles-ci figurent notamment : prendre l’initiative ou réduire l’incertitude, lorsque l’étudiant hésite entre agir et attendre que le déroulé de l’entretien s’éclaircisse ; naviguer entre les postures de psychologue, d’étudiant et de patient, témoignant du caractère encore émergent de l’identité professionnelle ; enfin, se sécuriser ou être pleinement présent, une tension révélant le dilemme entre autorégulation émotionnelle et engagement authentique dans l’interaction. Ces résultats montrent que les tensions générées par la simulation ne sont pas uniquement des réactions émotionnelles à atténuer, mais des moteurs d’apprentissage qui permettent aux étudiants de mieux comprendre les exigences relationnelles, cognitives et émotionnelles du travail clinique. En conclusion, nous discutions les implications pour la conception de formation par simulations en santé prenant au sérieux les tensions intrinsèquement générées. Bibliographie
Jacobsson, G., Lindgren, T. E., & Hau, S. (2012). Rites of passage: Novice students’ experiences of becoming psychotherapist. Nordic Psychology, 64(3), 192–202. https://doi.org/10.1080/19012276.2012.731313 Poizat, G., Flandin, S., & Theureau, J. (2023). A micro-phenomenological and semiotic approach to cognition in practice: a path toward an integrative approach to studying cognition-in-the-world and from within. Adaptive Behavior, 31(2), 109-125. Sigwalt, F., Petit, G., Evain, J.-N., Claverie, D., Bui, M., Guinet-Lebreton, A., Trousselard, M., Canini, F., Chassard, D., Duclos, A., Lehot, J.-J., Rimmelé, T., & Lilot, M. (2020). Stress Management Training Improves Overall Performance during Critical Simulated Situations. Anesthesiology, 133(1), 198–211. https://doi.org/10.1097/ALN.0000000000003287 Skovholt, T. M., & Rønnestad, M. H. (2003). Struggles of the Novice Counselor and Therapist. Journal of Career Development, 30(1), 45–58. https://doi.org/10.1177/089484530303000103 Conception participative de simulation en formation interprofessionnelle : analyse de l’expérience d’étudiant-es infirmier-es Cette étude s'inscrit dans une approche de recherche orientée par la conception en formation (Poizat et al., 2024; Sanchez et Monod-Ansaldi, 2015; The Design-Based Research Collective, 2003). L’objectif de cette étude était double : 1) intégrer et tester une phase de conception participative dans une simulation médicale interprofessionnelle en formation initiale en santé, et 2) examiner l’expérience vécue des étudiants en soins infirmiers lors de cette formation. Le dispositif pédagogique consistait en une simulation pleine échelle, dynamique et interprofessionnelle, réunissant cinq étudiants en soins infirmiers de deuxième année Bachelor — bénéficiant d’une expérience clinique préalable — et trois étudiants en médecine de quatrième année. Design pédagogique Le design pédagogique comprenait une phase de conception participative de 1h20, durant laquelle les étudiants, répartis en deux groupes, élaboraient une situation d’environ quinze minutes jugée problématique à partir d’un kit d’aide à la scénarisation et d’une thématique centrée sur la transmission interprofessionnelle. Deux formateurs, issus de deux professions différentes, accompagnaient le processus en tant que facilitateurs. Leur rôle était notamment de garantir le respect des exigences pédagogiques d’une séance de simulation ainsi que la qualité de la construction du scénario. La seconde partie de la séance de 1h45 était consacrée à la mise en situation croisée des scénarios — chaque groupe jouant la situation conçue par l’autre — suivie d’un débriefing conduit par les formateurs, assistés des étudiants concepteurs. Méthode Recueil des données Les données ont été recueillies selon le cadre théorique du cours d’action (Theureau, 2010). Elles comprenaient à la fois des données ethnographiques et des enregistrements audio-visuels, utilisés comme supports de remise en situation lors des entretiens d’auto-confrontation (EAC). Ces entretiens, d’une durée d’environ une heure, ont été menés avec les cinq étudiantes en soins infirmiers dans les 4 semaines suivant la collecte des données. Quelques jours avant les entretiens, les participantes avaient pour consigne de rédiger une description des moments jugés significatifs de leur expérience dans le dispositif, afin de permettre une présélection des extraits audio-visuels utilisés comme supports aux EAC. Traitement et analyse des données Les entretiens de remise en situation des cinq étudiantes en soins infirmiers ont été retranscrits intégralement. Les premiers résultats (l'analyse est encore en cours) mettent en évidence des dynamiques d’engagement et de réflexivité spécifiques à la phase de conception participative, notamment en lien avec la collaboration interprofessionnelle entre les étudiants eux-mêmes, mais aussi avec les formateurs. Ils révèlent également l’intérêt exprimé par les participants pour la mise en œuvre concrète de leur scénario ainsi que pour l’observation de l’évolution du groupe partenaire dans leur propre situation, témoignant d'un engagement particulièrement soutenu dans le dispositif. Discussion Nous pouvons (i) dériver de cette étude des pistes d’amélioration du dispositif pour améliorer l’apprentissage interprofessionnel, et (ii) contribuer plus largement à l'état des connaissances sur l'apprentissage interprofessionnel en simulation. Bibliographie
Poizat, G., Drakos, A., Ambrosetti, É., Flandin, S., Ria, L. et Leblanc, S. (2024). Enactive design-based research in vocational and continuing education and training. Vocations and Learning, 17, 537563. https://doi.org/n9sc Sanchez, E. et Monod-Ansaldi, R. (2015). Recherche collaborative orientée par la conception. Un paradigme méthodologique pour prendre en compte la complexité des situations d’enseignement-apprentissage. Éducation et didactique, 9(2), 7394. https://doi.org/10.4000/educationdidactique.2288 The Design-Based Research Collective. (2003). Design-based research: An emerging paradigm for educational inquiry. Educational Researcher, 32(1), 58. https://doi.org/fqmqz9 Theureau, J. (2010). Les entretiens d'autoconfrontation et de remise en situation par les traces matérielles et le programme de recherche « cours d'action ». Revue d'anthropologie des connaissances, 42(2), 287-322. Dynamiques discursives et profondeur réflexive dans les débriefings interprofessionnels en simulation : une étude mixte exploratoire La simulation constitue aujourd’hui un dispositif central de formation interprofessionnelle en santé, offrant un cadre sécurisé pour expérimenter des situations cliniques complexes et développer des compétences techniques et non techniques. Le débriefing, phase clé de transformation de l’expérience en apprentissage, est souvent présenté comme un espace réflexif équitable. Pourtant, les dynamiques interactionnelles qui s’y déploient — répartition de la parole, rapports de pouvoir, reconnaissance mutuelle — restent peu documentées. Dans le champ de la formation des adultes, cette phase peut être comprise comme un espace social de négociation du sens, au croisement des identités professionnelles et des intentions pédagogiques. Cette étude examine comment les dynamiques discursives des débriefings interprofessionnels influencent la participation des acteurs et les conditions d’émergence d’un apprentissage réflexif critique (double-loop learning). - Examiner les contributions respectives des facilitateurs et des apprenants lors des débriefings, en termes de proportion du discours et de contenu thématique. - Comprendre comment l’apprentissage interprofessionnel se met en œuvre et se négocie lors du débriefing. Une étude mixte exploratoire a été menée au sein d’un programme de formation continue interprofessionnelle d’un hôpital universitaire suisse. Douze débriefings (57 participant·es, 19 facilitateur·trices) ont été enregistrés, transcrits intégralement et analysés. L’analyse, guidée par un cadre déductif, s’est structurée autour de deux axes complémentaires : les patterns interactionnels (orchestration, conjonction, élaboration) décrivant la dynamique de la parole, et la profondeur de l’apprentissage (simple boucle : ajustement des pratiques ; double boucle : remise en question des normes, des rôles ou des valeurs professionnelles). Les contributions relatives ont été estimées à partir de la couverture textuelle des transcriptions, puis croisées avec le niveau de réflexion mobilisé dans les échanges afin de mettre en évidence les liens entre structure du discours et apprentissage réflexif. Résultats Chaque séance réunissait 2 facilitateurs (1 médecin, 1 infirmier·ère) et 8 apprenant·es (2 médecins, 4 infirmier·ères, 2 aides-soignant·es). Les facilitateur·trices représentaient en moyenne 73 % du discours total, dont 61 % pour les médecins-facilitateurs, tandis que la contribution des infirmier·ères-facilitateurs restait faible (< 4 % dans un tiers des séances). Les séquences réflexives de type double boucle demeuraient rares (1,5 % du discours), brèves et principalement initiées par les médecins, alors que la majorité des échanges relevaient d’un apprentissage en simple boucle, centré sur l’ajustement des pratiques plutôt que sur la remise en question des routines, des normes, des rôles ou des relations de statut et d’autorité. Lorsque la coanimation était plus équilibrée, la participation des infirmier·ères et des apprenant·es augmentait, sans toutefois modifier la structure générale de domination discursive. Les débriefings observés restent centrés sur les facilitateurs, traduisant la persistance de logiques statutaires qui freinent la co-construction du sens. L’activité réflexive s’inscrit surtout dans une logique d’ajustement plutôt que de transformation. Former les facilitateurs à la coanimation réflexive, à la régulation partagée de la parole et à l’usage de questions dialogiques favorisant l’apprentissage en double boucle constitue un levier pour faire du débriefing un véritable espace de développement professionnel collectif. Bibliographie
Boloré, S., Fassier, T., Guirimand, N., & Ardouin, T. (2025). Facilitator dominance and limited double-loop learning in interprofessional debriefings: An exploratory mixed-methods study [Manuscrit soumis pour publication]. Kolbe M, Marty A, Seelandt J, Grande B. How to debrief teamwork interactions: using circular questions to explore and change team interaction patterns. Adv Simul. 2016;1:1-8. doi:10.1186/s41077-016-0029-7 Ju M, Bochatay N, Werne A, et al. Changing the conversation: impact of guidelines designed to optimize interprofessional facilitation of simulation-based team training. Adv Simul. 2024;9(1):43. doi:10.1186/s41077-024-00313-3 La simulation, un terrain sensible Cette communication à visée conceptuelle explore la simulation comme un terrain sensible, où apprentissage et expérience — incarnée, émotionnelle et sociale — s’entrelacent, entre expérience d’apprentissage et apprentissage de l’expérience. 1. Quelle est la charge cognitive et émotionnelle des étudiant·es engagé·es en simulation ? 2. Comment le design pédagogique de nos simulations permet-il d’en assurer la maîtrise, au sens d’une conduite didactique de ces charges pour favoriser l’apprentissage ? Selon les standards internationaux (INACSL Standards Committee, 2021 ; HAS, 2024), le briefing constitue un moment préparatoire essentiel pour instaurer un climat de confiance, clarifier les objectifs et soutenir l’engagement. Bien que moins étudié que le débriefing, les travaux disponibles convergent sur son rôle dans la mobilisation des participant·es, sa continuité nécessaire avec le débriefing et ses effets sur la charge cognitive et émotionnelle (Lapierre et al., 2022). Bibliographie
Fraser, K., Ayres, P., & Sweller, J. (2015). Cognitive load theory for the design of medical simulations. Simulation in Healthcare, 10(5), 295–307. Fraser, K.L., Meguerdichian, M.J., Haws, J.T. et al. Cognitive Load Theory for debriefing simulations: implications for faculty development. Adv Simul 3, 28 (2018). HAS (Haute Autorité de Santé). (2024). Simulation en santé : Guide de bonnes pratiques pour les équipes pédagogiques. Haute Autorité de Santé. INACSL Standards Committee, Watts, P. I., Rossler, K., Bowler, F., Miller, C., Charnetski, M., Decker, S., Molloy, M. A., Persico, L., McMahon, E., McDermott, D., & Hallmark, B. (2021). Onward and upward: Introducing the Healthcare Simulation Standards of Best Practice™. Clinical Simulation in Nursing, 58, 1–4. Lapierre, A., Arbour, C., Maheu-Cadotte, M.-A., Vinette, B., Fontaine, G., & Lavoie, P. (2022). Association between clinical simulation design features and novice healthcare professionals’ cognitive load: A systematic review and meta-analysis. Simulation & Gaming, 53(5), 538–563. Patel, S., & Alismail, A. (2024). Relationship Between Cognitive Load Theory, Intrinsic Motivation and Emotions in Healthcare Professions Education: A Perspective on the Missing Link. Advances in Medical Education and Practice,15 57–62. Sewell, J. L., Maggio, L. A., ten Cate, O., van Gog, T., Young, J. Q., & O’Sullivan, P. S. (2019). Cognitive load theory for training health professionals in the workplace: A BEME review of studies among diverse professions (BEME Guide No. 53). Medical Teacher, 41(3), 256–270. Sweller, J. (1988). Cognitive load during problem solving: Effects on learning. Cognitive Science, 12(2), 257–285. Toufan N, Omid A, Haghani F. The double-edged sword of emotions in medical education: A scoping review. J Edu Health Promot 2023;12:52. Développer le pouvoir d’agir en contexte simulé : enjeux et perspectives pour la formation en soins infirmiers La simulation en santé, aujourd’hui bien ancrée dans les pratiques de formation romandes, ne se limite plus à l’apprentissage technique. Elle constitue un espace d’exploration des décisions, des postures et des marges de manœuvre professionnelles, dans un environnement à la fois sécurisé et exigeant. C’est dans cette perspective que s’inscrit la simulation multi-patient évolutive (SMPe) développée à la Haute école de santé de Genève (HEdS-Genève), au sein du module Qualité, sécurité et soins au patient 3 (QSSP3) du Bachelor en soins infirmiers. Conçue comme un environnement capacitant, elle vise à soutenir le développement du pouvoir d’agir et de choisir d’agir des étudiant·es en situation complexe, à partir du cadre théorique des capabilités (Sen, 1999 ; Nussbaum, 2011). La SMPe reproduit l’organisation d’une unité hospitalière au sein des salles de pratique. Quatre unités simulées – deux médicales et deux chirurgicales – accueillent seize patient·es simulé·es sur deux journées consécutives, permettant à plus de 160 étudiant·es de vivre une expérience d’immersion réaliste. Les scénarios, inspirés de situations cliniques authentiques, confrontent les participant·es à la simultanéité des soins, à la priorisation, aux interruptions et aux décisions interprofessionnelles. L’objectif n’est pas seulement de vérifier des compétences, mais de favoriser la délibération, l’initiative et la réflexivité, en plaçant les étudiant·es face à des dilemmes de soins ou d’organisation. La SMPe constitue ainsi un terrain privilégié pour observer le développement des capabilités professionnelles : savoir agir, vouloir agir, mais aussi pouvoir agir dans un cadre institutionnel donné. Elle permet de questionner les conditions qui rendent l’action possible, la qualité de la communication interprofessionnelle, l’accès aux ressources, le soutien collectif, l’accompagnement réflexif et d’identifier les obstacles perçus à l’exercice du jugement professionnel. Le dispositif mobilise trois rôles pédagogiques : infirmier·e (décisions cliniques, coordination, priorisation), patient·e simulé·e (expérience empathique et réflexive de la prise en soins) et assistant·e logistique (soutien organisationnel et vision systémique). Le pré-briefing collectif explicite les objectifs d’apprentissage et les règles de sécurité, tandis que les briefings situationnels et débriefings “au fil de l’eau” favorisent la prise de conscience des ressources mobilisées et des choix effectués. Les enseignant·es, au bénéfice d’une double expertise clinique et pédagogique, accompagnent la mise en sens des actions et soutiennent la construction d’une agentivité professionnelle. L’analyse des retours d’expérience met en évidence plusieurs enjeux pour la formation : • développer la réflexivité en action, plutôt qu’après coup ; • permettre une appropriation subjective de la complexité clinique ; • reconnaître la dimension émotionnelle et éthique de l’apprentissage expérientiel ; • renforcer le pouvoir d’agir collectif au sein des équipes simulées. Cette expérience, à la croisée de la pédagogie expérientielle et de la théorie des capabilités, éclaire la simulation comme espace de développement professionnel et d’émancipation. Elle offre des perspectives de recherche sur la manière dont les dispositifs immersifs peuvent soutenir la construction du jugement clinique, la réflexivité et la confiance décisionnelle dans des environnements formatifs complexes. Ecologie sonore et simulation Les environnements de simulation clinique sont souvent silencieux, alors même que les milieux de soins sont marqués par une forte densité sonore faite d’alarmes, de voix et de signaux informatifs ou perturbateurs. Cette discontinuité interroge : pourquoi la simulation reproduit-elle si peu l’écologie sonore réelle, alors que celle-ci influence la charge cognitive, la vigilance, la communication, le stress et, in fine, la qualité des soins ? La littérature montre en effet que le son constitue une composante environnementale majeure dans les soins infirmiers : les niveaux sonores hospitaliers dépassent régulièrement les recommandations de l’OMS, génèrent fatigue et baisse de performance, mais soutiennent aussi, lorsqu’ils sont compris et correctement interprétés, la lecture de la situation clinique. L’ouïe demeure ainsi un sens d’alerte, d’orientation et de diagnostic, essentiel à la professionnalité des soignants. Partant de ce constat, nous présentons une démarche de recherche-action à visée formative visant à réintroduire l’écologie sonore dans la simulation en soins infirmiers. Le projet, encore en phase pilote, s’articule en trois volets. (1) Une phase de sensibilisation fondée sur des captations in situ, des écoutes collectives et des analyses participatives, visant à identifier les sons informatifs ou perturbateurs du milieu clinique et à constituer une sonothèque. (2) Le développement de l’Unité Mobile d’Immersion Sonore (UMIS), un générateur d’ambiances immersives et modulables, utilisable de manière autonome par les formateurs. (3) Une évaluation exploratoire de l’application de ces ambiances dans deux simulations : l’une destinée à des professionnels de santé primaire travaillant auprès de populations vulnérables, l’autre à des étudiants d’Année Propédeutique en Santé (APS), respectivement centrées sur l’évaluation clinique infirmière en contexte communautaire et sur les fondamentaux de l’hygiène et de la qualité du soin. L’enjeu est de renforcer un réalisme physique minimal tout en vérifiant la correspondance fonctionnelle entre la tâche simulée et la réalité clinique. L’environnement sonore est mobilisé pour restituer une ambiance crédible et recréer les contraintes propres aux terrains professionnels : distractions auditives, pertes d’intelligibilité, interruptions, surcharge attentionnelle et nécessité de prioriser l’information tout en maintenant une communication claire. Cette approche contribue à la structuration d’un centre de compétences romand en simulation, pensé comme un espace où s’expérimentent et se discutent les choix pédagogiques, technologiques et organisationnels liés à l’intégration des dimensions sensorielles, perceptives et relationnelles des soins. Travailler l’écoute, la présence et les ambiances devient essentiel à un moment où la multiplication des dispositifs numériques tend à appauvrir l’expérience de simulation et à en atténuer la dimension sensible et incarnée. En réintroduisant l’écologie sonore dans les dispositifs de formation, cette proposition ouvre — en profond écho avec l’ambition du symposium — la possibilité de constituer une communauté scientifique romande attentive aux dimensions sensorielles, écologiques et situées de la simulation en santé. Bibliographie
Hamstra, S. J., Brydges, R., Hatala, R., Zendejas, B., & Cook, D. A. (2014). Reconsidering fidelity in simulation-based training. Academic Medicine, 89(3), 387-392. Lioce, L., Lopreiato, J. O., Downing, D., et al. (2020). Healthcare Simulation Dictionary (2nd ed.). Society for Simulation in Healthcare Louwers, G., Pont, S., Gommers, D., van der Heide, E., & Özcan, E. (2024). Sonic ambiances through fundamental needs : An approach on soundscape interventions for intensive care patientsa). The Journal of the Acoustical Society of America, 156(4), 2376-2394. https://doi.org/10.1121/10.0030470 Roussin, C. J., & Weinstock, P. (2017). SimZones : An Organizational Innovation for Simulation Programs and Centers. Academic Medicine, 92(8), 1114-1120. https://doi.org/10.1097/ACM.0000000000001746 Xie, H., Kang, J., & Mills, G. H. (2009). Clinical review : The impact of noise on patients’ sleep and the effectiveness of noise reduction strategies in intensive care units. Critical Care, 13(2), 208. https://doi.org/10.1186/cc7154 | ||