
Colloque RIFT 2026 - 25 ans
Développer les rapports entre recherche et formation : enjeux, acteurs et méthodes
7 au 9 septembre 2026 | Genève
Programme de la conférence
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Sympo_double_20: Évolutions, non-dits et pertinence contemporaine de la didactique professionnelle
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Évolutions, non-dits et pertinence contemporaine de la didactique professionnelle Depuis trente ans, la didactique professionnelle (DP) propose un corpus théorique et méthodologique visant à outiller une pensée de la formation professionnelle, à travers notamment l’analyse de l’action professionnelle et des conditions par lesquelles elle s’apprend et se développe (Mayen & al., 2017). La DP a connu des évolutions (Petit & al., 2023), dont un élargissement de ses objets d'intérêt. S’intéressant d’abord aux situations industrielles puis à des situations « à environnement dynamique », la DP a ensuite évolué vers des métiers de l'interaction humaine (Mayen, 1997, 2007), dont l’enseignement (Vinatier, 2009 ; Loizon, 2016), les métiers du vivant et agricoles (Chrétien, 2014), ou encore les métiers artistiques (Allain et al., 2024). Son appareillage conceptuel s’est également enrichi, tant dans ses concepts fondamentaux que dans ses emprunts (voir par ex. Métral, 2025 ; Saillot, 2023). Le projet initial de la DP, analyser le travail en vue de la formation (Pastré, 2011), s’est élargi à la diversité des rapports entre travail, formation et apprentissage (Mayen, 2025 ; Petit & al., 2023). La DP défend aujourd’hui l’idée que la compréhension du travail peut nécessiter l’analyse de la formation et des représentations qu’elle véhicule sur le travail. Aussi, pouvons-nous souligner que la démarche est autant mobilisée pour penser l’analyse du travail en vue de la formation que pour former à travers l’analyse du travail (Tourmen, 2014) ou pour mieux former en situation de travail (cf. AFEST). Par ailleurs, le manque d’écrits « pratiques » traduisant l’esprit des textes fondateurs, et la complexité des outils méthodologiques et conceptuels proposés, a conduit à certains mésusages de cette « technologie pour l’action » et à faire émerger un risque de dissolution de son apport initial (Mayen & Vinatier, 2017). Il semble alors nécessaire de clarifier les éléments constitutifs de cet apport. Certains, comme la conceptualisation dans l’action (Vergnaud, 1996), ont toujours été mis en avant alors que d’autres ont demeurés plus implicites, comme les mouvements de transpositions entre l’analyse du travail à la conception de formation (Chrétien, 2021) ou insuffisamment mobilisés, comme l’analyse des apprentissages par et pour le travail (Mayen, 2025). Ce symposium vise non seulement à relever les évolutions de ce courant, en visibilisant certains de ses piliers restés dans l’ombre, mais aussi à construire un regard critique à son égard. Il vise ainsi trois objectifs : 1. Rendre compte de la trajectoire de la DP relativement à ses concepts, principes, méthodes et objets d’étude ; 2. Donner à voir les principes organisateurs tacites ou « oubliés » de la DP qui pourtant transcendent ses évolutions ; 3. Formuler une critique à son encontre quant aux réponses qu’elle peut fournir face aux enjeux contemporains de la formation professionnelle. Ce symposium s’inscrit dans la continuité de séminaires de travail entre membres de l’association RPDP ayant donné lieu à la publication d’un numéro spécial de la revue Éducation Permanente intitulé « Faire de la DP aujourd’hui » (Saillot et al., 2025), et vise l’élaboration d’un ouvrage collectif à destination des acteurs de la formation professionnelle. Présentation du symposium Revenir aux racines de la didactique professionnelle : histoire, fondements, finalités On date généralement la naissance de la didactique professionnelle à la publication de la thèse de Pierre Pastré (1992). En 2022, l’anniversaire des trente ans de la didactique professionnelle (DP) a été l’occasion pour plusieurs chercheurs d’évoquer son histoire et son évolution (Petit & al., 2023). La réflexion s’est prolongée au sein d’un cercle élargi, dont le projet était de réfléchir sur les principes fondateurs et défis de la DP. Une table ronde lors du 7e colloque de l’association Recherches et Pratiques en Didactique Professionnelle à Toulouse et une publication (Saillot et al., 2025) ont présenté une partie de cette réflexion. Gérard Vergnaud, un des fondateurs de la DP, rappelait souvent qu’une science doit à la fois capitaliser et ne pas oublier son histoire et ses acquis et, en même temps, les remettre en question. C’est le moyen de conserver et de faire fructifier un héritage, sans en faire un dogme. Après trente ans (Pastré, 2011 ; Pastré et al., 2006), plusieurs constats émergent : une partie des concepts et méthodes de la DP sont difficiles à comprendre et à utiliser parce que certains principes qui les fondent ont été trop peu explicités. Les défis, chantiers, et problèmes pratiques rencontrés par les acteurs de la formation, auxquels le cadre conceptuel et méthodologique a cherché à répondre et qui lui ont donné son sens, sont méconnus. Or, si certains de ces défis sont aujourd’hui hors d’époque, d’autres demeurent ou reviennent sous des formes nouvelles. Interroger les principes fondateurs et les défis scientifiques, pragmatiques, sociétaux auxquels la DP fut, est et sera confrontée, requiert de revenir à ses racines. Au-delà de l’aspect historique, il s’agit pour les auteurs de cette communication de revenir aux fondements explicites et implicites qui ont prévalu lors de son émergence, à son projet scientifique, éthique et pragmatique initial, et à son objet. À quels défis posés par les évolutions de la formation professionnelle et de la formation des adultes, la DP a-t-elle été confrontée ? Comment y a-t-elle répondu et comment ses principes, ses cadres théoriques et méthodologiques, son champ de validité pratique, ont-ils évolué ? L’intention de cette communication vise donc à clarifier comment la DP s’est historiquement constituée et ce qu’elle peut aider à faire, afin de contribuer à l’action des professionnels du champ de la formation. Bibliographie
Ginsbourger, F. (1992). La recherche en didactique professionnelle, un enjeu social. Éducation permanente, 111(2), 11-17. Pastré, P., Mayen, P., & Vergnaud, G. (2006). La didactique professionnelle. Revue française de pédagogie, 154, 145‑198. https://doi.org/10.4000/rfp.157 Pastré, P. (1992). Essai pour introduire le concept de didactique professionnelle. Rôle de la conceptualisation dans la conduite de machines automatisées. [Thèse de doctorat]. Université Paris V-René Descartes. Pastré, P. (2011). La didactique professionnelle. Approche anthropologique du développement chez les adultes. Puf. Petit, L., Muñoz, G., Holgado, O., Inowlocki, P., & Mayen, P. (2023). La didactique professionnelle au fil des ans. Continuités et ruptures. Savoirs, 61‑62(1), 107‑120. https://doi.org/10.3917/savo.061.0107 Saillot, É., Métral, J.-F., & Mayen, P. (dir.). (2025). Faire de la didactique professionnelle aujourd’hui [numéro spécial]. Éducation Permanente, 244(3). https://shs.cairn.info/revue-education-permanente-2025-3?lang=fr Expliciter et relier les principes organisateurs de la didactique professionnelle L’objectif de cette contribution est d’identifier les principes organisateurs de la DP (Mayen et al., 2017), en vue d’aider celles et ceux qui souhaitent la mobiliser en formation ou en recherche. Il s’agit de revenir sur les principes explicitement présentés dans des textes de références, mais également sur ceux plus opaques, dans un objectif de clarification. Nous appelons “principe organisateur” le cœur conceptuel d’une propriété, d’un phénomène ou d’une situation, qui permet de générer de nouvelles manières d’agir adaptées à ce phénomène ou cette situation. Nous revenons sur quelques principes avancés par les pionniers de la DP (Pastré, 2011). Nous discutons également de principes issus de commentaires postérieurs, formulés par ceux qui pratiquent la DP ou qui ont tenté d’en vulgariser les éléments fondateurs à l’adresse d’un public moins averti (Mayen, Orly & Pastré, 2017 ; Munoz & Vidal-Gomel, 2021, Munoz & al., 2022). Du côté des pionnières et pionniers, ce symposium est l’occasion de revenir sur certaines formules de Gérard Vergnaud, Pierre Pastré ou Patrick Mayen, afin de les clarifier et de les articuler pour donner à voir le paradigme de la DP, en partie implicite. Nous revenons notamment sur une formule de Pastré structurante pour la DP : « il y a du savoir dans le faire ». Ce principe organisateur implique d’autres propositions tenues pour vraies telles que « il n’y a pas de séparation théorie-pratique » ou « le travail se situe entre le savoir et le faire ». Ceci renvoie à l’idée que toute forme de travail et d’action suppose qu’il y ait conceptualisation dans l’action ; et induit qu’un savoir-faire ne se réduit pas à une procédure, et que le savoir dans le faire permet des ajustements de l’action, voire la création de nouvelles formes d’activité. Ces principes organisateurs impliquent également des conséquences méthodologiques. D’abord, pour l’analyse du travail, qui vise à identifier les formes de savoirs intégrées à l’action. Ensuite, pour la conception de la formation, qui vise non seulement l’apprentissage de savoirs et savoir-faire mais aussi leur intégration dans l’action. Il s’agit de ne jamais perdre de vue un principe clé de la psychologie ergonomique : en formation comme en recherche, l’activité déborde la tâche (Leplat, 1997). Nous abordons un autre principe : “l’action est organisée”, notamment au niveau cognitif, avec une part d’implicites qui nécessite une médiation pour en exprimer certaines dimensions (Mayen, 2017 ; Savoyant, 2008). Cette organisation est à la fois objet d’analyse et de formation en DP. D’autres travaux mettent l'accent sur le principe d’une recherche participative ou collaborative (Vinatier & Morrissette, 2015 ; Munoz & al., 2022). Ce symposium permet d’affiner les contours de cette cartographie des principes organisateurs de la DP, en les reliant à sa structuration conceptuelle (communication 3) et à son ancrage socio-historique (communication 1), pour éclairer les actions et les projets des acteurs de la formation professionnelle. Les échanges permettront d’affiner l’explicitation et la hiérarchisation de ces principes organisateurs, là où les concepts qui les fondent seront abordés dans la communication suivante. Bibliographie
Leplat J. (1997). Regards sur l’activité en situation de travail. Presses Universitaires de France. Mayen, P., Orly, P. & Pastré, P. (2017). L’ingénierie didactique professionnelle. In P. Carré & P. Caspar (Dir), Traité des sciences et des techniques de la Formation, 4ème édition (pp. 467-482). Dunod. https://doi.org/10.3917/dunod.carre.2017.01.0467 Mayen, P. (2017). Agir en fonction de ce qui n’est pas là. Questions vives recherches en éducation, 27, 27-44. https://doi.org/10.4000/questionsvives.2053 Munoz, G., Marques-Laurendon, C., Gomes, A. & Allain, O. (2022). Initiation à la Didactique Professionnelle pour les formateurs. Pipa Comunicação Editorial LTDA. Munoz, G., & Vidal-Gomel, C. (2021). Didactique professionnelle. In P. Guibert (dir.), Manuel de sciences de l’éducation et de la formation (pp. 209-215). De Boeck. Pastré, P., Mayen, P., & Vergnaud, G. (2006). La didactique professionnelle. Revue française de pédagogie, 154, 145-198. http://rfp.revues.org/157 Pastré, P. (2011). La didactique professionnelle : approche anthropologique du développement chez les adultes. Presses Universitaires de France. Savoyant, A. (2008). Quelques réflexions sur les savoirs implicites. Travail et Apprentissages, 1(1), 92‑100. Vinatier, I., et Morrissette, J. (2015). Les recherches collaboratives : Enjeux et perspectives. Carrefours de l’éducation, 39(1), 137-170. La structuration conceptuelle de la didactique professionnelle Cette contribution, comme l’ensemble du symposium, vise à clarifier et affiner les choix qui ont jalonné l’élaboration progressive de la DP, ici sous l’angle de sa structuration conceptuelle. Cela nous permettra de définir précisément les concepts et notions qui constituent l’ADN de la DP, mais également leurs fonctions et leur articulation. Cette communication vise davantage, par rapport à la précédente, à donner des clés pour aider à tisser des liens entre les différents concepts et théories utilisés en DP, à distinguer ce qui en constitue le noyau central de ce qui constitue des outils de travail adaptables. Autrement dit, la réflexion que nous proposons ici revêt un objectif épistémologique. Nous proposons de revenir d'abord sur des éléments paradigmatiques (Khun, 1983) de la DP, en ce compris sur le plan ontologique, puis d'aborder les théories qui constituent des cadres de travail adaptés et mobilisés selon les besoins du chantier mis en œuvre. Nous proposons d'envisager le paradigme de la DP en trois grands pôles :
Ensuite, il s’agit de donner à voir que les travaux en didactique professionnelle ont toujours été marqués par la mobilisation de cadres conceptuels pour partie spécifiques à ce champ de recherche - tels que ceux du schème (Vergnaud, 1996), de structure conceptuelle de la situation (Pastré, 1999), de classe de situation(s) (Mayen, 2011, 2012) ou encore de pragmatisation-épistémisation (Chrétien, 2021 ; Munoz, 2003 ; Rappe & al., 2025). Et qu’ils ont aussi pour partie empruntés d’autres cadres conceptuels tels que la sociologie des interactions (Mayen, 1998), la pragmatique linguistique (Vinatier, 2009, 2013), le multi-agenda (Saillot, 2020), l’énaction (Récopé & al., 2024, 2025), etc. Cette diversité d’« univers conceptuels » peut rendre ardue, pour des lecteurs moins familiers, la compréhension de la fonction et de l’intérêt de ces différents apports théoriques. Il nous semble ainsi précieux de fournir quelques repères structurels. Par ailleurs, nous voulons montrer que cette ouverture aux apports de champs plus ou moins voisins est non seulement constitutive de la DP, mais également favorable à un projet scientifique et technologique de ce type. Il nous semble qu’il s’agit là d’une voie féconde pour comprendre le travail et la formation, et pour éclairer et outiller les défis que leurs évolutions posent. En résumé, nous visons un double objectif de clarification :
Bibliographie
Chrétien, F. (2021). Des savoirs raisonnés (scolaires, procéduraux et scientifiques) à leur pragmatisation dans l’activité d’apprenants : L’exemple du diagnostic de station forestière. Travail et Apprentissages, 22(1), 27‑49. https://doi.org/10.3917/ta.022.0027 Kuhn, T. S. (1983). La structure des révolutions scientifiques. Flammarion. Mayen, P. (1998). Le processus d’adaptation pragmatique dans la coordination d’une relation de service. In Kostulski, K & A. Trognon (Eds.), Communication interactive dans la coordination de la relation de service (pp. 205‑234). Nancy : Presses Universitaires de Nancy. Mayen, P. (2011). L’appropriation des situations : Une condition d’insertion. Champs Culturels, 24, 43‑49. Mayen, P. (2012). Les situations professionnelles : Un point de vue de didactique professionnelle. Phronesis, 1(1), 59‑67. Mayen, P. (2023). Pratiques et théories de la didactique professionnelle. Dijon : Raison et passions. Mayen, P., & Gagneur, C. (2017). Le potentiel d’apprentissage des situations : Une perspective pour la conception de formations en situations de travail. Recherche en Éducation, 28, 70‑83. Merri, M. (2007). Activité humaine et conceptualisations : Questions à Gérard Vergnaud. Toulouse : Presses Universitaires du Mirail. Métral, J.-F. (2013). Processus de mobilisation des élèves en formation professionnelle : Le cas des étudiants de Brevet de technicien supérieur option industries agroalimentaires. [Thèse de doctorat]. Université de Bourgogne. Métral, J.-F. (2014). Du travail en situation de formation au potentiel d’apprentissage des situations de formation par le travail. Education permanente, Hors-série, 136‑145. Munoz, G. (2003). Formation en alternance et pragmatisation des connaissances [Thèse de doctorat]. Université Paris 8. http://www.theses.fr/2003PA082294 Pastré, P. (2011). La didactique professionnelle : Approche anthropologique du développement chez l’adulte. Paris : PUF. Rappe, J., Chrétien, F., & Munoz, G. (2025). Repenser le transfert des connaissances : Pragmatisation et élaboration du savoir en action. Éducation Permanente, 244(3), 46-58. Récopé, M., Flandin, S., & Rix-Lièvre, G. (2025). Le schème surordonné, statut structurant et normatif de l’activité : Un enjeu essentiel pour la formation. Éducation Permanente, 244(3), 108‑120. Récopé, M., Héros, S., Boyer, S., Flandin, S., & Rix-Lièvre, G. (2024). De l’activité à l’expérience : Déterminer la sensibilité à... De sportifs de haut niveau à partir de régularités observables et de vécus. Revue d’anthropologie des connaissances, 18(1). https://doi.org/10.4000/rac.32271 Saillot, É. (2020). (S’)ajuster au coeur de l’activité d’enseignement-apprentissage. Paris : L’Harmattan. Vergnaud, G. (1996). Au fond de l’action, la conceptualisation. In J.-M. Barbier (Éd.), Savoirs théoriques et savoirs d’action (p. 275‑292). Paris : PUF. Vinatier, I. (2009). Pour une didactique professionnelle de l’enseignement. Rennes : PUR. Vinatier, I. (2013). Le travail de l’enseignant. Une approche par la didactique professionnelle. Paris : De Boeck. Articuler analyses du travail, de la formation et des apprentissages : quelles démarches méthodologiques ? Y a-t-il une “méthodologie de la didactique professionnelle” ? Certes, les travaux en DP ont toujours été réalisés en empruntant des instruments à d’autres disciplines, dont l’ergonomie, les didactiques et l’ingénierie de formation (Pastré, 2011). Toutefois, en matière de méthodologie, la DP présente ses propres spécificités et nous souhaitons ici les mettre en lumière. Comme évoqué dans le texte de cadrage, on peut maintenant définir la DP comme une certaine approche des rapports entre travail, formation et apprentissage, dans une perspective d’analyse et d’ingénierie. Cette contribution se concentre sur le volet “analyse”. L’analyse s’intéresse généralement au travail réel des professionnels expérimentés ou débutants en situation de travail. Selon le cas, elle vise à mettre en évidence la compétence et son développement. Il s’agit alors d’identifier des façons de faire et de penser le travail, les formes d’activité qui les caractérisent, les tâches et les situations qu’elle permet de gérer. L’analyse des apprentissages au travail s’avère également déterminante. Une des formes qu’elle prend consiste à s’intéresser aux difficultés rencontrées par les novices et à comment ils les dépassent (Mayen et al., 2017, Gagneur et Begon, 2025). Enfin, qu’est-ce que l’analyse de la formation nous apprend sur le travail ? Comment le travail réel y est mobilisé ? Qu’est-ce que les professionnels y apprennent et comment est-ce réinvesti dans le travail ? On voit à la lecture de ces questions que les pôles travail, formation et apprentissage ne sont pas envisagés en silo mais, au contraire, en interaction. Ceci étant dit, avec quelles démarches et quels instruments peut-on explorer ces questions ? L’analyse du travail est sans doute la mieux documentée. On identifie classiquement trois principales composantes : l’analyse de la tâche (Leplat, 2011 ; Pastré, 2011), l’analyse de la situation et de l’activité en situation (Mayen, Olry & Pastré, 2017). Ces trois phases s’articulent dans une démarche d’analyse didactique. Toutefois, selon le contexte d’exploration, le temps à disposition, le secteur professionnel ou l'objectif visé, l’analyse du travail en DP peut prendre des formes variées. Les principaux instruments de recueil employés sont l’observation directe de type ethnographique (Soulé, 2007) ou à partir de traces, l’entretien sociologique ou encore l’autoconfrontation (Rappe, 2024 ; Rix-Lièvre, 2010 ; Vidal-Gomel, 2022). Néanmoins, les chercheurs ne rendent pas toujours suffisamment compte de la manière dont ils adaptent et agencent leurs instruments méthodologiques (Mayen, 2014). De plus, il arrive que les instruments d’analyse ne soient pas suffisamment distingués des cadres théoriques ou conceptuels (Rogalski, 2014). Récemment, quelques initiatives ont émergé pour souligner ces faiblesses méthodologiques et y réagir, dont un numéro spécial de la revue Travail et Apprentissages (Dejaegher et al., 2025). Pour continuer cette initiative et contribuer à l’un des objectifs de la DP, constituer un corpus théorique et méthodologique utile au monde de la formation (Mayen et al., 2017), cette communication présente les résultats d’un travail de mise en évidence des choix, méthodes et instruments méthodologiques de recueil, de traitement et d'analyse de matériaux permettant de comprendre les rapports travail-apprentissage-formation dans une perspective de DP. Bibliographie
Dejaegher, C., Holgado, O., & Rappe, J. (2025). L’élaboration de la structure conceptuelle d’une situation professionnelle en didactique professionnelle : Un chemin entamé. Travail et Apprentissages, 28(1), 7‑21. https://doi.org/10.3917/ta.028.0007 Flick, U. (2018). Triangulation. In N. K. Denzin & Y. S. Lincoln (Éds.), The SAGE Handbook of Qualitative Research (Fifth Edition, pp. 777‑804). SAGE. Gagneur, C.-A., & Begon, E. (2025). Faire du travail un espace d’apprentissages ? Éducation Permanente, 244(3), 23‑33. https://doi.org/10.3917/edpe.244.0023 Kuhn, T. S. (1983). La structure des révolutions scientifiques. Flammarion. Leplat, J. (2011). Mélanges ergonomiques : Activité, compétence, erreur. Octarès Éditions. Mayen, P. (2014). Lever quelques embarras et incertitudes de méthode en didactique professionnelle. Travail et Apprentissages, 13(1), 118‑138. https://doi.org/10.3917/ta.013.0118 Mayen, P., Olry, P., & Pastré, P. (2017). L’ingénierie didactique professionnelle. In P. Carré & P. Caspar (Éds.), Traité des sciences et des techniques de la formation (4e édition, pp. 468‑482). Dunod. Pastré, P. (2011). La didactique professionnelle : Approche anthropologique du développement chez l’adulte. Presses Universitaires de France.. Rappe, J. (2024). Accéder à la pensée qui organise l’action : Une proposition ethnographique. Éducation Permanente, 241(4), 137‑148. https://doi.org/10.3917/edpe.241.0137 Rix-Lièvre, G. (2010). Différents modes de confrontation à des traces de sa propre activité : Vers une confrontation à une perspective subjective située. Revue d’anthropologie des connaissances, 4(2), 358‑379. https://doi.org/10.3917/rac.010.0358 Rogalski, J. (2014). Nouvelles pistes de recherche et évolutions de la didactique professionnelle. Travail et Apprentissages, 13, 139‑154. Soulé, B. (2007). Observation participante ou participation observante ? Usages et justifications de la notion de participation observante en sciences sociales. Recherches qualitatives, 27(1), 127. https://doi.org/10.7202/1085359ar Vidal-Gomel, C. (2022). Les entretiens de confrontation aux traces de l’activité. In B. Albero & J. Thievenaz (Éds.), Traité de méthodologie de la recherche en sciences de l’éducation et de la formation (Vol. 2, pp. 115‑126). Raisons & Passions. Du travail à la formation : quelles transpositions pour la conception ? Cette communication s’intéresse à l’articulation entre l’analyse du travail et la conception de dispositifs et de situations de formation. Comment cette articulation est-elle présentée dans les textes scientifiques en DP ? L’analyse du travail en DP se distingue d’autres formes d’analyse du travail et de l’activité par l’intention de concevoir des outils concrets pour la formation (Pastré, 2011). Plusieurs auteurs considèrent que la conception effective des formations n’est pas toujours suffisamment présentée dans les travaux, que les démarches de conception restent globalement peu visibles et justifient de développer une véritable analyse de l’activité de conception elle-même (Rogalski, 2014). Tourmen (2014) distingue les « produits » issus de l’analyse du travail (référentiels, parcours, simulateurs, ressources) des dispositifs de formation par l’analyse des situations de travail, montrant ainsi que l’analyse du travail peut aussi être en elle-même un outil de formation. Mais qu’en est-il de la conception des formations dans les recherches récentes, que ça soit au regard de dispositifs de simulation mobilisés pour la gestion forestière (Chiron, 2024), en santé et en gestion de crise (Flandin et al., 2022 ; Mallet et al., 2022), pour la conduite d’entretiens adressés à autrui (Burdin, 2023 ; Marfisi-Schottman et Vinatier, 2022), pour des AFEST (Begon et Duclos, 2021) ou d’autres parcours de formation (Holgado, 2025) ? Plusieurs constats sous-tendent cette communication. Premièrement, si l’on considère qu’une démarche de didactique professionnelle est plus un processus itératif qu’une démarche linéaire et que la conception oriente l’analyse du travail dès les premières observations de terrain, l’analyse du travail ne peut être considérée comme un préalable à la conception d’une formation. Dans ces conditions, sur le plan méthodologique, comment les différents processus qui sont en jeu sont pris en considération et comment leur complémentarité est mise en évidence ? Dans un souci de mise en avant de la conception, Olry (2025) place la référentialisation et la transposition au cœur de l’analyse du travail en didactique professionnelle. La référentialisation interroge ce qu’il y a à savoir pour exercer le métier, en articulant conceptualisations et spécificités des situations, et se matérialise notamment dans les référentiels de situations (Mayen, Métral et Tourmen, 2010). La transposition – à la fois didactique et orientée vers le développement – réfère à la transformation des situations de travail en situations de formation en exploitant leur potentiel d’apprentissage et leurs caractéristiques agissantes (Chrétien, 2021 ; Mayen & Gagneur, 2017). Deuxièmement, les processus sont d’autant moins linéaires que la conception s’élabore rarement loin des situations de travail et des travailleurs concernés, souvent dans le cadre de recherches-interventions ou recherches-actions et par des allers et retours entre chercheurs, professionnels, formateurs et concepteurs. Cette variabilité des situations et des acteurs détermine-t-elle une variabilité du rapport entre l’analyse du travail et la conception des formations ? Notre contribution reviendra sur ces constats et tentera d'envisager les spécificités de conception des formations en didactique professionnelle en s'attachant au repérage des transpositions didactiques et pragmatiques qui y sont opérées. Bibliographie
Begon, E., & Duclos, L. (dir.). (2021). L’AFEST : cadrages et débordements [numéro spécial]. Éducation Permanente, 227(2). https://shs.cairn.info/revue-education-permanente-2021-2?lang=fr Burdin, C. (2023, mai). Simuler des entretiens pour former des conseillers principaux d’éducation (CPE) : Quel dispositif collectif pour quels effets sur la professionnalisation des étudiant.e.s ? [Paper presentation] 4e Colloque RUMEF : Les métiers de la formation à l’épreuve du travail. Tours, France. https://hal.science/hal-04264130 Chiron, T. (2024). Apprendre à travailler avec le vivant : Analyse du potentiel d’apprentissage d’un prototype de simulateur de forêt Silva Numerica. Travail et Apprentissages, 27(1), 48‑66. https://doi.org/10.3917/ta.027.0048 Chrétien, F. (2021). Les transpositions à l’œuvre pour apprendre à réduire les pesticides. Éducation Permanente, 228(3), 67‑84. https://doi.org/10.3917/edpe.228.0067 Flandin, S., Vidal-Gomel, C., & Becerril Ortega, R. (Éds.). (2022). Simulation Training through the Lens of Experience and Activity Analysis : Healthcare, Victim Rescue and Population Protection (Vol. 30). Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-030-89567-9 Holgado, O. (2025). La didactique des métiers : Une didactique professionnelle à l’usage des formateurs. Éducation Permanente, 244(3), 121‑134. https://doi.org/10.3917/edpe.244.0121 Mallet, D., Falzon, P., & Vidal-Gomel, C. (2022). Des apprenants concepteurs de leur espace d’apprentissage. Travail et Apprentissages, 23(1), 95‑115. https://doi.org/10.3917/ta.023.0095 Marfisi-Schottman, I., & Vinatier, I. (2022). TGRIS, dispositif de formation professionnelle, outillé d’un simulateur d’entretien en réalité virtuelle piloté par les pairs. Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Éducation et la Formation, 29(1), 61‑98. https://doi.org/10.23709/sticef.29.1.1 Mayen, P., Métral, J.-F. et Tourmen, C. (2010). Les situations de travail. 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Savoirs, 36(3), 9. https://doi.org/10.3917/savo.036.0009 Nouvelles questions adressées à la didactique professionnelle face aux défis contemporains Cette communication propose d’examiner comment les évolutions observées dans le champ de la formation et du travail interrogent les principes et méthodes de la DP. En tant que démarche d’ingénierie de formation (Mayen & al., 2017), elle doit se positionner face à ces défis, s’en emparer scientifiquement et établir des repères pragmatiques pour la conception à destination des acteurs de la formation. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous exposerons quatre familles de défis auxquelles la DP se trouve aujourd’hui confrontée et tenterons de clarifier les questions qu’elles lui adressent. Un premier défi renvoie aux besoins de former des professionnels réflexifs et adaptatifs. Devenue un mot d’ordre dans la formation professionnelle, la réflexivité est considérée comme une réponse aux attentes des branches professionnelles relativement au développement de soft skills. Le contexte démographique et l’émergence de métiers en tension, amènent les institutions à promouvoir les capacités individuelles de mobilité, à travers notamment la formation aux compétences dites transversales et transférables. Or, l’ancrage de la DP dans le couplage situation-activité l’amène à interroger les conditions par lesquelles la réflexivité est effectivement un outil de développement de compétences génériques à plusieurs métiers. Comment éviter que cette injonction ne vienne trop déconnecter les compétences des situations professionnelles ? A quelles situations fait-on référence quand on forme aux compétences transversales ? Quels seraient les garde-fous pour concevoir des dispositifs réflexifs ancrés dans l’analyse du travail (Dejaegher & al., 2025), contribuant à ce niveau générique du développement professionnel ? Un deuxième défi concerne les formations aux métiers en mutation. Les transformations rapides des métiers, notamment sous l’effet des transitions écologiques ou numériques, rendent en partie obsolètes les pratiques sociales de référence (Martinant, 1981). La DP doit donc réinterroger ses méthodes d’analyse pour objectiver des compétences "transitoires" ou émergentes. Comment former à des métiers en pleine évolution ? Comment appréhender les compétences d’avenir à partir de l’existant ? Quelle articulation possible avec des disciplines comme l’ergonomie prospective (Brangier & Robert, 2014) pour répondre à ces enjeux ? Un troisième défi concerne l’alternance intégrative entre travail et formation, souvent présentée comme une solution idéale mais rarement outillée de manière robuste. La DP doit clarifier les processus de pragmatisation et didactisation permettant d’articuler milieux de formation et professionnels. Comment favoriser le “transfert” des apprentissages et outiller l’appropriation de l’expérience ? Les travaux de Veillard et Métral (2025) sur les situations intermédiaires ouvrent des pistes intéressantes pour le champ de l’ingénierie de formation. Enfin, le quatrième défi porte sur la contribution de la DP à la formation tout au long de la vie (une exigence légale en France depuis 2009). Sa mise en œuvre se heurte à des obstacles, notamment la diversité des temporalités et la formalisation des parcours. Comment articuler temps court et temps long dans la construction des compétences ? Comment valoriser les apprentissages informels (Schugurensky, 2007) ? La DP peut jouer un rôle clé en analysant les mouvements d’apprentissage à différents niveaux et en proposant des repères pour concevoir des parcours de FTLV ancrés dans le travail (Métral, 2025). Bibliographie
Brangier, E., & Robert, J.-M. (2014). L’ergonomie prospective : fondements et enjeux. Le Travail Humain, 77, 1-20. Dejaehger, C., Sampoli, C. et Loizon, A. (2025). La réflexivité en formation : un éclairage à partir de la didactique professionnelle. Éducation Permanente, 244(3), 59-72. Martinant, J-L. (1981). Pratiques sociales de référence et compétences techniques. A propos d'un projet d'initiation aux techniques de fabrication mécaniques en classe. In A. Giordan (Ed.), Diffusion et appropriation du savoir scientifique : enseignement et vulgarisation. Actes des troisièmes journées internationales sur l’Education Scientifique. Actes des journées internationales sur l'éducation scientifique, Centre Jean Franco, Chamonix, 2, 3, 4 février 1981 (pp. 149-154). Paris, France, Université Paris 7. Mayen, P., Olry, P., & Pastré, P. (2017). L’ingénierie didactique professionnelle. In P. Carré & P. Caspar (Éds.), Traité des sciences et des techniques de la formation (4e édition, p. 468‑482). Dunod. Métral, J.-F. (2025). Des parcours potentiels de développement. Éducation Permanente, 244(3), 34‑45. https://doi.org/10.3917/edpe.244.0034 Schugurensky, D. (2007). « Vingt mille lieues sous les mers » : Les quatre défis de l’apprentissage informel. Revue française de pédagogie, 160, 13‑27. Veillard, L. et Métral, J-F. (2025). Didactique professionnelle et alternance : la piste des situations intermédiaires. Éducation Permanente, 244(3), 96-107. https://doi.org/10.3917/edpe.244.0096 | ||